2020-04-01 16:20

Moins de pollution, mais «peu d'effet» sur le climat

Coronavirus

L'Organisation météorologique mondiale constate une baisse drastique des émissions de CO2 depuis le début de la pandémie. Mais l'embellie sera éphémère, selon un expert. Interview.

La pollution en mars 2019 et en mars 2020 en France, Espagne et Italie.

La pollution en mars 2019 et en mars 2020 en France, Espagne et Italie.

(Photo: AFP)

Usines à l'arrêt, voitures au garage, avions au sol: si elle a fait chuter les émissions polluantes sur une planète en confinement, la pandémie de Covid-19 aura «peu d'effet» sur le climat, prévient l'Organisation météorologique mondiale (OMM).

L'embellie risque de se révéler «éphémère». Les émissions de CO2 sont susceptibles de retrouver leur niveau d'avant-pandémie une fois celle-ci jugulée, a estimé mercredi Lars Peter Riishojgaard, le directeur du Bureau du système Terre de l'agence onusienne lors d'une conférence de presse virtuelle à Genève.

Quel est l'impact de la pandémie sur le climat?

Peter Riishojgaard: Elle a peu d'effet sur le climat. On a vu beaucoup de spéculations dans les médias sur ce qu'elle signifie pour le climat, pour les émissions de gaz à effet de serre et pour le réchauffement climatique à long terme. La réponse est qu'elle n'a probablement que très peu d'effet. A court terme, les émissions de CO2 baissent, parce que les voitures restent au garage, les avions sont immobilisés sur les pistes des aéroports. Mais nous pensons que l'impact sera relativement éphémère. Nous nous attendons à ce que, dès que la pandémie sera passée, le monde retournera au travail et ce faisant les émissions de CO2 repartiront, peut-être au même niveau, peut-être pas.

Quel est l'impact réel de la pandémie sur la pollution atmosphérique ?

L'impact le plus spectaculaire, nous avons tous vu des images satellite ou des photos de New Delhi, c'est que tout à coup la visibilité est devenue bien meilleure parce que le trafic s'est arrêté. C'est probablement un effet réel, pas besoin d'être un génie pour le comprendre: dès que vous éteignez le moteur de votre voiture, elle n'émet plus (...) et dès qu'un avion cesse de voler, il cesse d'émettre. Mais je pense que nous devons être prudents, ne pas nous réjouir trop vite, parce que c'est un arrêt artificiel de l'activité économique (...) Ce n'est pas nécessairement une situation durable.

Est-ce que cette pandémie peut modifier les comportements des Etats face au réchauffement climatique?

Cela conduira certaines personnes et peut-être certains gouvernements à réfléchir (...). Ce n'est pas la première fois que nous voyons cela. Le gouvernement chinois a suspendu une grande partie de la production industrielle autour de Pékin lors des Jeux olympiques en 2008 et démontré très clairement que vous pouvez absolument, en prenant les commandes, interrompre la pollution de l'air (...). Mais je ne crois pas que nous devrions crier victoire trop tôt parce que cela repartira à la hausse".

ats