2020-02-02 17:35

Des manifestants descendent dans la rue

Irak

A peine nommé, le Premier ministre irakien suscitait déjà la controverse, dimanche.

Des Irakiens ont protesté contre le choix du président de nommer Mohammed Allawi comme Premier ministre.

Des Irakiens ont protesté contre le choix du président de nommer Mohammed Allawi comme Premier ministre.

(Photo: Keystone)

Des manifestants à Bagdad et dans plusieurs villes du sud de l'Irak ont exprimé dimanche leur rejet du Premier ministre nommé la veille. Cela malgré les promesses de répondre aux demandes clés du mouvement de contestation qui agite le pays depuis quatre mois.

L'ex-ministre des Télécommunications Mohammed Allawi a été nommé samedi par le président Barham Saleh, un choix de consensus deux mois après la démission de son prédécesseur Adel Abdel Mahdi sous la pression de la rue.

Soutien au Premier ministre

Depuis décembre, Adel Abdel Mahdi continue de gérer les affaires courantes. Les manifestants antigouvernementaux demandaient que son successeur ne soit pas issu du sérail politique, qu'ils accusent de corruption et d'incompétence.

Dès samedi, les partisans de l'influent leader chiite Moqtada Sadr à Bagdad ont affiché leur soutien au Premier ministre désigné, peu après avoir réinstallé leurs tentes parmi les manifestants antipouvoir à Tahrir, épicentre de la contestation.

Contestation des étudiants

Mais dimanche, des centaines d'étudiants ont envahi les rues autour de Tahrir en brandissant des portraits de Mohammed Allawi barrés d'une croix, estimant qu'il fait partie intégrante du système qu'ils conspuent.

Des haut-parleurs déversaient de la musique entraînante pour tenter de noyer les hymnes islamistes diffusés par les pro-Sadr, identifiés par leurs casquettes bleues. «Nous sommes ici pour montrer notre rejet du nouveau Premier ministre car il a un passif bien connu au sein de la classe politique», a expliqué Tiba, une étudiante de 22 ans.

Le message est le même dans la ville sainte de Najaf, à environ 180 km au sud de Bagdad, où l'on pouvait lire sur une pancarte fraîchement accrochée: «Mohammed Allawi est rejeté, par ordre du peuple!».

Axes routiers bloqués

De nombreux axes routiers y sont bloqués depuis samedi soir par des jeunes ayant mis le feu à des pneus, d'après un correspondant de l'AFP sur place. A Diwaniya, au sud de Bagdad, des manifestants ont pénétré dans des bâtiments gouvernementaux réclamant leur fermeture et des étudiants ont tenu des sit-in.

«La nomination de Mohammed Allawi est une plaisanterie», dénonce un manifestant auprès de l'AFP. «Elle représente un mépris total pour les manifestants tués et les revendications du peuple irakien qui manifeste depuis quatre mois contre les parties affiliées à l'Iran.»

La contestation dénonce notamment l'influence grandissante de Téhéran sur la scène irakienne. A Al-Hilla, au sud de Bagdad, des protestataires ont bloqué tous les axes routiers, scandant «Allawi n'est pas le choix du peuple!»

Des promesses

Mohammed Allawi, 65 ans, a débuté sa carrière politique comme député après l'invasion américaine de l'Irak en 2003 avant d'être nommé ministre des Télécommunications à deux reprises, entre 2006 et 2007 puis entre 2010 et 2012.

Il avait tenté de mettre en oeuvre des mesures anticorruption mais avait fini par démissionner à chaque fois, dans un pays classé parmi les plus corrompus au monde. Samedi soir, il a promis un gouvernement représentatif, des élections anticipées et que justice serait rendue pour les manifestants tués lors du mouvement de contestation, marqué par la mort de plus de 480 personnes, majoritairement des protestataires, selon un décompte de l'AFP.

Mohammed Allawi a désormais un mois pour former son cabinet, qui devra être approuvé par un vote de confiance au Parlement. Samedi, Moqtada Sadr, à la tête du premier bloc au Parlement, a apporté son soutien à Mohammed Allawi, twittant que sa nomination était un «pas positif».

Si cet influent leader chiite a soutenu les contestataires au début du mouvement, il a ordonné dimanche à ses partisans de se coordonner avec les forces de sécurité pour rouvrir les routes et les écoles, prenant le contre-pied des protestataires.

ats