2020-01-07 07:37

Trois jours de procès pour un match de tennis dans une banque

Vaud

Douze activistes pro-climat comparaissent dès ce matin 9 h pour avoir investi une succursale du Credit Suisse au centre de Lausanne en novembre 2018.

Jeudi 22 novembre 2018: le collectif Lausanne Action Climat investit une succursale du Credit Suisse à Lausanne. Une partie de tennis pacifique, clin d'œil à l'ambassadeur de la banque, Roger Federer. Les douze prévenus contestent leurs condamnations pour violation de domicile au nom de l'urgence climatique.

Jeudi 22 novembre 2018: le collectif Lausanne Action Climat investit une succursale du Credit Suisse à Lausanne. Une partie de tennis pacifique, clin d'œil à l'ambassadeur de la banque, Roger Federer. Les douze prévenus contestent leurs condamnations pour violation de domicile au nom de l'urgence climatique.

(Photo: DR)

  • Evelyne Emeri

#sirogersavait. Un slogan qui claque pour dénoncer la politique d'investissement de l'établissement bancaire dans les énergies fossiles, notamment dans le charbon et les sables bitumineux. Se jouant du contrat de sponsoring qui lie Roger Federer au Credit Suisse, les activistes du collectif Lausanne Action Climat étaient arrivés le 22 novembre 2018 dans le hall de la banque, déguisés en tennis(wo)men, raquettes diverses et variées (de badminton, de squash, de plage, en plastique...) à la main.

«Roger, tu cautionnes ça?»

Après avoir pénétré dans la succursale du Lion d'Or au centre-ville de Lausanne, ils avaient tapé la balle, pacifiquement et avec humour, durant une heure et demie (ndlr. des actions identiques étaient menées en parallèle à Genève et Bâle). Brandissant une banderole où l'on pouvait lire, outre le hashtag provocateur, «Credit Suisse détruit le climat. Roger, tu cautionnes ça?». Les fauteurs de troubles avaient fini par être délogés par la police, refusant de capituler face aux injonctions du responsable de l'agence.

Violation de domicile retenue

Le 25 avril 2019, les militants, tous âgés d'une vingtaine d'années hormis une trentenaire, ont été condamnés par ordonnance pénale pour violation de domicile et pour infraction à la Loi vaudoise sur les contraventions (ndlr. défaut de demande d'autorisation pour manifester et/ou refus de se conformer aux ordres d'un agent de police). La procureure Laurence Boillat n'a en revanche pas retenu l'infraction de contrainte, dénoncée dans la plainte pénale du Credit Suisse, en l'absence d'entrave à la liberté d'action des clients et des employés et compte tenu du fait qu'il n'y a eu ni usage de violence ni menace d'un danger sérieux.

Condamnations contestées

S'agissant des peines, la représentante du Ministère public a sanctionné tous les prévenus à une peine pécuniaire de 30 jours-amendes à 30 francs, assortie du sursis durant deux ans, aucun d'entre eux n'ayant d'antécédents judiciaires. En revanche, ils écopent d'amendes allant de 400 à 600 francs chacun, convertible en 13 à 20 jours de prison. Douze des treize activistes ont contesté leurs condamnations pénales, ce qui les renvoie devant un Tribunal de police. Les autorités judiciaires craignent une telle affluence qu'elles ont bloqué la salle cantonale à Renens, réservée aux audiences criminelles et ultramédiatisées.

Défenseurs pro bono

Dès ce matin 7 janvier et jusqu'au jeudi 9, ce ne sont pas moins de trois jours agendés pour juger douze jeunes pro-climat qui ont osé jouer au tennis dans l'antre d'un établissement bancaire sans autorisation. Ils seront tous entourés d'avocats acquis à leur cause, dont d'anciens bâtonniers, qui les défendront pro bono. Tout l'enjeu de ce procès réside dans la manière de faire passer le message de l'urgence climatique. Ces représentants de la génération Z ont-ils vraiment fauté en outrepassant ce que la loi standard régit et ne sont-ils que des agitateurs? Ou doivent-ils être considérés comme des lanceurs d'alerte qu'il faut blanchir?

Reconnaître l'état de nécessité

Le président et juge unique, Philippe Colelough, sera sous les feux de la rampe. «L'idée, c'est qu'il reconnaisse l'état de nécessité licite, le danger imminent et leur action malgré la désobéissance civile, explique Me Irène Wettstein, une des treize avocates des prévenus, Ces jeunes violent la loi pour éviter un risque et attendent de ce procès une réelle pesée d'intérêt.» Le président de céans a déjà fait grincer les dents de la défense en refusant une belle brochette de plus de dix témoins: climatologue, scientifique, économiste, spécialiste en désobéissance civile, Greenpeace... Sauf un certain Jacques Dubochet.

Nobel à la barre

Le Nobel de chimie sera finalement rejoint par une experte du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), Sonia Seneviratne. Ce mardi matin, à l'ouverture des débats, Me Wettstein nous confirme qu'elle et ses confrères insisteront une nouvelle fois auprès du président Colelough pour que tous les autres témoins soient acceptés à la barre.

Jeu et set cette semaine. Match et verdict lundi prochain 13 janvier en fin de journée.

Evelyne Emeri

evelyne.emeri@lematin.ch

Le Matin