2019-08-02 19:00

Débat: pour ou contre le «Cé qu'è lainô» avant le match?

Football

Le Servette FC ne devrait plus pouvoir faire chanter l'hymne genevois sur sa pelouse avant ses matches de Super League. Juste ou pas? On en débat.

La Section Grenat à l'oeuvre.

La Section Grenat à l'oeuvre.

(Photo: Keystone)

  • Sport-Center

La Swiss Football League a un protocole strict, avant les matches de Super League. Le «Cé qu'è lainô» - hymne qui raconte l'histoire de l'Escalade, qui commémore la victoire de la république protestante sur les troupes du duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier en 1602 - n'y trouve pas sa place. Certains trouvent ça normal, d'autres non. Du coup, on en débat.


Pour

Daniel Visentini, journaliste


«Quand la bêtise rejoint la jalousie, ce n’est jamais bon signe»

La bêtise d’abord: celle d’un obscur règlement de nos «lumières» de la Swiss Football League, qui étrangle désormais une belle tradition. Non, le «Cé qu'è lainô» ne peut plus être entonné officiellement, avec les équipes sur le terrain, juste avant les matches de Servette à domicile. Des fois que cela mettrait un peu d’ambiance… Franchement, on se pince. En Challenge League, télé ou pas, c’était possible, l’habitude avait fédéré le public, qui accompagnait joyeusement le chanteur attitré. Depuis que Servette a retrouvé sa vraie place, dans l’élite, l’exercice lyrique est banni. Ridicule! On parle là de trente secondes, chrono en main, empruntée au protocole apparemment inaltérable de la SFL. Sérieux?

La jalousie ensuite. On les entend déjà, les «glousseurs» du dimanche, prêt à se réjouir de cette interdiction grotesque, heureux par principe du silence imposé au monde grenat ou simplement aveuglés par une jalousie maladive, sans comprendre que ce conformisme les étouffera eux aussi, tôt ou tard.

A la Ligue et aux jaloux, le peuple genevois doit opposer, dans son infinie bonté et son humilité naturelle, son pardon magnanime. Il sait qu’ils ne peuvent pas comprendre. Ni le sens des mots de ce chant, qui a plus de 400 ans, ni la portée historique. S’il ne sera plus déclamé en ouverture de match, l’hymne officiel de la République et du Canton de Genève jaillira donc des tribunes. Là où celui qui est en haut, «se moqué et se ri dé canaille».


Contre

Robin Carrel, journaliste


«à quand l'hymne sudiste à Atlanta?»

Que les clubs s’inventent un hymne et/ou une histoire, pas de soucis. Vous faites comme Liverpool, le Celtic, le Borussia Dortmund, le FC Twente, Feyenoord, le SC Cambuur, le FSV Mayence, Munich 1860, le FC Tokyo, Lugo en Espagne, le PAOK en Grèce, les Indonésiens de Bali United, les clubs de hockey de Krefeld et de Zagreb et vous balancez «You’ll never walk alone»… C’est sympa, ça fait vibrer un peu avant les matches, bravo. Les «Roma Roma Roma» et «Barça Barça Barça», ça occupe. Le «Toujours on va gagner» du Wydad Athletic Club au Maroc, ça fait friser les poils.

Mais est-ce que vous imaginez si les Hawks d’Atlanta balançaient l’hymne sudiste avant un match de NBA? Vous pensez que le Dynamo Dresde oserait y aller de son «Ressuscitée des ruines», le chant à la gloire de la RDA, à l’entrée des joueurs? Et pourquoi pas l’hymne liechtensteinois avant les parties du FC Vaduz, hein, pendant qu’on y est? Genève a beau être «République et Canton», ça ne donne pas le droit de faire tout et n'importe quoi. Surtout quand c'est une «tradition» lancée par des dirigeants venus d'ailleurs.

Honnêtement, je préférerais tellement que la Section Grenat entonne un bon «Avec leur maillot grenat, du football ils sont les rois, alleeeeeez, Serveeeette!!» ou lance elle-même votre «Cé qu’è lainô» depuis les tribunes. Là, je dis un grand oui. Faites seulement comme à West Ham avec leurs bulles. Faites voler tant que vous voulez un aigle à travers le stade ou la patinoire. Mais faire venir un ténor et obliger les équipes adverses, tant au hockey qu’au foot, à subir un hymne cantonal aligné en rang sans comprendre ce qu’il se passe, c’est non.

Le Matin