2020-01-14 11:18

Philippe Nantermod, les grandes et les petites causes

Humeur

Faut-il craindre l'anarchie après l'acquittement des activistes du climat? Ou est-ce «le début de la fin»? Rien de tout cela.

La joie des sympathisants de la cause climatique après le verdict de Renens tranche avec la réaction du politicien Philippe Nantermod (PLR/VS) au 19:30 sur la RTS.

La joie des sympathisants de la cause climatique après le verdict de Renens tranche avec la réaction du politicien Philippe Nantermod (PLR/VS) au 19:30 sur la RTS.

(Photo: Keystone RTS-Valentin Flauraud)

  • lematin.ch

Philippe Nantermod (PLR/VS) est courageux. Hier, il a défendu tout seul le monde politique après l'acquittement des douze activistes du climat par le Tribunal de police de Renens et son juge unique Philippe Colelough. A la «RTS», il s'est fait le porte-parole de la droite bourgeoise et libérale face à cette relaxe intolérable des fauteurs de trouble écologiques.

Le lit de «l'anarchie»

«La justice suisse rend maintenant des jugements politiques, s'est-il plaint sur Facebook. Quand l’Etat ne défend plus les droits fondamentaux des individus, la garantie de la propriété en l’espèce, c’est le début de la fin». Certains des commentaires qui ont suivi estiment que cet acquittement fait le lit de «l'anarchie». L'ancien conseiller national Claude Ruey dénonce un «jugement incompréhensible et inadmissible du juge unique vaudois. Ce n’est pas à la justice de faire de la politique !»

Dépolitiser les choses

Mais, si le juge avait confirmé les condamnations, est-ce que cela aurait donné un jugement moins politique ? Pas sûr... Les discours qui veulent dépolitiser les choses profitent souvent aux mêmes intérêts. A Credit Suisse, par exemple, qui ne fait pas de politique.... La banque a déposé plainte, mais n'est pas venue au procès, pour laisser faire la justice. Maintenant, elle peut faire recours, mais elle risque de faire encore davantage de publicité au mouvement. Tout comme le Ministère public, qui ne fait pas de politique non plus.

Le juge Colelough

«Ce juge Colelough, n'est-il pas PLR?», a ironisé sur les réseaux sociaux l'ancien conseiller national popiste Josef Zizyadis. En effet, le juge Colelough était connu jusqu'ici pour être plus proche de l'establishment vaudois que des mouvements écologistes de la gauche pré-apocalyptique. Il a présidé la Cour dans l'affaire qui a condamné Légeret. Mais, en 2014, il a défrayé la chronique parce qu'il était en couple avec une autre juge du Tribunal cantonal. Il a dû se retirer de cette instance et retourner travailler dans des tribunaux d'arrondissement.

Un pied de nez ?

Rien ne semblait prédisposer ce juge a être magnanime avec des écologistes anticapitalistes. Il s'est peut-être forgé des convictions personnelles en lisant les rapports du GIEC ou en écoutant les appels du prix Nobel Jacques Dubochet. Mais peut-être a-t-il tout simplement voulu faire un pied de nez à la justice vaudoise? Parfois les grandes causes ont besoin du coup de pouce d'une petite cause individuelle, d'un état de nécessité intérieure... Contrairement à ce que pense Philippe Nantermod, cela n'a rien de politique, c'est simplement personnel.

Eric Felley

Le Matin