2019-10-10 06:46

Cinq jeunes filles accusent un Valaisan de viol et de contrainte

Abus

En détention provisoire depuis deux ans, un trentenaire comparaîtra le 5 novembre à Martigny (VS). Les charges sont lourdes. L'audience se tiendra à huis clos. Seule la presse pourra y assister.

Acculé par cinq jeunes femmes, l'abuseur présumé sera jugé le mardi 5 novembre, à Martigny. Détenu depuis deux ans, les charges qui pèsent contre lui sont lourdes. Il devra notamment répondre de viol et de contrainte sexuelle.

Acculé par cinq jeunes femmes, l'abuseur présumé sera jugé le mardi 5 novembre, à Martigny. Détenu depuis deux ans, les charges qui pèsent contre lui sont lourdes. Il devra notamment répondre de viol et de contrainte sexuelle.

(Photo: Le Matin/Maxime Schmid)

  • lematin.ch

Cinq jeunes filles accablent ce Valaisan de Martigny, arrêté le 12 octobre 2017 et détenu en préventive depuis, actuellement à la Prison Centrale en vieille ville de Fribourg. Cet homme de 31 ans est renvoyé devant le Tribunal de Martigny/Saint-Maurice pour contrainte sexuelle, viol, tentative de viol et actes d'ordre sexuel sur une personne incapable de discernement ou de résistance. L'accusé conteste les allégations retenues par le Ministère public du canton du Valais. Et affirme que ces relations étaient librement consenties par ses partenaires. Le prédateur présumé est soupçonné d'avoir sévi entre mars 2012 et juillet 2017.

Témoignages concordants

Les témoignages des plaignantes sont troublants de concordance, alors que des années séparent le premier et le dernier abus dont est accusé le trentenaire, rentier AI à la suite d'un grave accident de la route. Des récits que l'on retrouve dans l'acte d'accusation dressé par le procureur en charge de cette affaire d'abus sexuels, Olivier Elsig. À plus de cinq ans d'écart, les cinq jeunes femmes racontent visiblement la même histoire, des circonstances identiques, un modus operandi qui se répète. Les rencontres ont eu lieu dans des établissements publics à Martigny et à Montreux, dans un pub, dans des discothèques ou dans un bar au Montreux Jazz Festival.

Photos parlantes

Toujours selon les faits reprochés par le magistrat instructeur à l'endroit du prévenu et qui seront épluchés, cas par cas, lors de son procès, plusieurs analogies reviennent en boucle: des soirées très alcoolisées, des bouteilles de Vodka achetées par le Valaisan, parfois un joint, des proies désorientées, emmenées chez l'accusé, qui vomissent aux toilettes, des victimes comateuses, couchées semi-inconscientes dans son lit (ndlr. y compris chez ses parents), déshabillées complètement ou partiellement, réveillées par des pénétrations de l'accusé et/ou des tentatives d'actes d'ordre sexuel et/ou des attouchements et/ou des caresses, des demandes d'arrêter et des «non» des jeunes filles dont l'état était clairement altéré au point de ne pas pouvoir résister aux assauts. En outre, des photos prises avec l'une d'entre elles démontreraient que l'individu aurait profité de sa détresse et de son incapacité à réagir pour entretenir deux rapports complets.

Absence de consentement

Le procureur Olivier Elsig a retenu deux fois le viol (1 à 10 ans ferme), deux fois la contrainte sexuelle (10 ans au plus ou peine pécuniaire), deux fois la tentative de viol, et, pour toutes, les actes d'ordre sexuel sur une personne incapable de discernement ou de résistance (10 ans au plus ou peine pécuniaire). Pour les cinq cas détaillés dans l'acte d'accusation, le magistrat explique, hormis les faits relayés par les plaignantes, et justifie les raisons des qualifications arrêtées: alcoolisation massive des victimes, incapacité totale de s'opposer si ce n'est mollement par la parole, actes imposés par le prévenu, parfaite conscience de celui-ci de pouvoir en abuser, absence de consentement de ses «partenaires». Les charges sont lourdes. En théorie, il risque jusqu'à 10 ans de peine privative de liberté.

L'audience, qui a été fixée au mardi 5 novembre devant le Tribunal de Martigny/Saint-Maurice, sera frappée d'un huis clos partiel. Autrement dit, le public ne sera pas autorisé à assister à ces débats ultrasensibles et extrêmement pénibles pour les parties plaignantes. Seuls les journalistes accrédités auprès des tribunaux valaisans pourront entrer après avoir montré patte blanche.

Frère avocat aussi poursuivi

Le pseudo-abuseur multirécidiviste a entraîné dans son sillage son frère aîné, avocat à Martigny. De par sa profession, cet homme de loi a défrayé la chronique fin 2017, quelques semaines après l'incarcération de son cadet. Il lui est reproché d'avoir usé de son statut professionnel pour faire pression sur les jeunes plaignantes qui incriminent le futur comparant. Et d'avoir influencé quatre personnes (ndlr. condamnées depuis) à livrer des faux témoignages. Il avait aussi été placé en préventive avant d'être libéré et de retourner aux affaires. Le Parquet valaisan l'a prévenu de menaces et de tentative de contrainte ainsi que de tentative d’entrave à l’action pénale, voire d'instigation à faux témoignage. Son procès pénal ne devrait pas intervenir avant le premier semestre 2020.

Evelyne Emeri

evelyne.emeri@lematin.ch

Le Matin