2018-05-21 15:30

SFL: que se trame-t-il en coulisses?

Football

La Swiss Football League devait communiquer vendredi dernier concernant les licences de Chiasso et de Nyon. Sans rien dire, tout d'un coup, le délai est repoussé à mardi. Pourquoi?

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  • Tim Guillemin

Voilà deux mois que l'on ne parle plus de football en Challenge League. Xamax est promu, Wohlen est relégué. Point final. Cette fin de championnat sans suspense est triste à suivre et les résultats de certains matches du FC Chiasso, ainsi que leur déroulement, laissent la porte ouverte à beaucoup d'interprétations, y compris les plus malsaines. Évidemment, on ne peut rien prouver et on ne voudrait pas trop en dire, mais disons qu'un championnat professionnel sans enjeu est une proie très tentante pour les truqueurs de tous horizons. Voilà, on arrête là sur ce thème.

Un point que l'on a envie d'un peu développer, par contre, est celui de l'obtention des licences. En première instance, tous les clubs candidats à jouer en Challenge League l'ont eue, sauf Chiasso et Nyon. Soit. Depuis plusieurs mois, le délai est clair: la Swiss Football League allait communiquer en deuxième instance le vendredi 18 mai. D'ici-là, les deux clubs devaient préparer leur dossier et s'en aller convaincre la commission des licences que oui, ils pouvaient assumer une saison entière à ce niveau, tant du point de vue des finances que de celui des infrastructures. Très bien.

Les deux clubs se sont donc déplacés vendredi pour défendre leur cas une dernière fois et tout le monde attendait le verdict de la commission. Vers 17h, la nouvelle tombe: décision repoussée à mardi. Pourquoi? Comment? On n'en sait rien.

Ce dont on est sûr, par contre, c'est que la décision en première instance a été communiquée le bon jour, au mépris de toute considération sportive puisque le soir-même avait lieu un Servette - Xamax potentiellement décisif. Là, du côté de Muri, impossible de décaler la décision d'un jour ou d'une semaine. Et tant pis si la promotion se jouait sur tapis vert.

Par contre, là, sans communiquer officiellement sur leur site, voilà les décideurs de la SFL qui informent par la bande qu'on en saura plus mardi. Tout d'un coup, le délai officiel du 18 mai n'est plus si officiel. Comme par magie. Et là, ça nous pose un sérieux problème d'éthique. Un des deux clubs n'a-t-il pas rempli tous les critères vendredi et se voit-il octroyer un délai supplémentaire? Si oui, sur quelle base? Les deux clubs sont-ils recalés? Si oui, on rappelle qu'Yverdon Sport, 3e de Promotion League, serait promu sur le tapis vert. Pourquoi donner un délai strict si c'est pour qu'il ne soit pas respecté? Et qu'on ne nous parle pas de documents de dernière minute. Voilà douze mois que chaque club sait qu'il doit préparer sa demande de licence... A cause du long week-end de Pentecôte, une banque, une assurance ou le cousin du président n'auraient pas pu envoyer une garantie financière dans les temps et celle-ci arrivera mardi comme par miracle? Soyons sérieux.

Tout le week-end, les téléphones ont chauffé à Chiasso, Nyon et Yverdon et dans leur entourage avec une question majeure: que se trame-t-il en coulisses? Les uns croient savoir que le dossier de Chiasso n'est pas en ordre. Les autres que les Tessinois ont eu la licence, mais que le dossier de Nyon n'est pas complet. Mais alors, dans ce cas, pourquoi ne pas mettre fin au suspense directement vendredi et annoncer que Chiasso garde sa place? Bref, personne n'en sait rien, et tout le problème réside dans la communication de la SFL, qui laisse libre cours à toutes les interprétations, y compris les plus malsaines. Pourquoi faire de l'obtention des licences un cas opaque? Pourquoi ne pas mettre toutes les cartes sur la table?

En agissant de cette manière, la commission des licences agit comme si elle avait quelque chose à cacher. On espère bien que ce n'est pas le cas, mais si la SFL pense que tout le monde lui fait confiance les yeux fermés dans la gestion de ce dossier, elle se trompe.

Le petit monde du football suisse en a marre. Marre de voir que Wil peut accumuler les millions de dettes et obtenir la licence sans problème. Marre de constater qu'un club par année renonce à disputer le championnat de Challenge League. La SFL ne peut certes rien au cas de Bienne, mis en faillite par un président à côté de la plaque, mais le tableau d'ensemble est sombre. Très sombre. Il faut une réforme du système des licences, tant dans les critères pour leur obtention que dans la communication y relative. Et assez vite, si possible.

Le Matin