2018-08-14 18:17

Initiatives alimentaires: la mission impossible des opposants

Editorial

En se promenant dans les rayons des grands distributeurs, on a l'impression que l'esprit des initiatives est déjà passé par là. Mais ce n'est que du marketing. Il reste à faire évoluer la réalité.

Isabelle Moret (PLR/VD), entourée de Christian Imark (UDC/SO) et Babette Sigg Frank, présidente des Femmes PDC et de l’Association alémanique des consommateurs. Mardi matin à Berne, le camp bourgeois a lancé la campagne des opposants.

Isabelle Moret (PLR/VD), entourée de Christian Imark (UDC/SO) et Babette Sigg Frank, présidente des Femmes PDC et de l’Association alémanique des consommateurs. Mardi matin à Berne, le camp bourgeois a lancé la campagne des opposants.

(Photo: Keystone)

  • Eric Felley

Lors du premier sondage Tamedia publié la semaine dernière, environs deux tiers des Suisses et Suissesses se sont dits favorables aux deux initiatives alimentaires soumises au vote le 23 septembre prochain. La sympathie pour une alimentation équitable et pour les petites exploitations familiales semble bien ancrée dans la population.

Mais la Berne fédérale n'en veut pas. Mardi matin, les partis bourgeois (PLR-PDC-UDC et PBD) ont lancé la campagne des opposants avec pour leader la conseillère nationale Isabelle Moret (PLR/VD). Leurs arguments principaux: cela va créer de la bureaucratie et renchérir les produits. «Nous pourrions voir disparaître des rayonnages de fins vinaigres balsamiques tout droit venus d’Italie, simplement à cause d’une bureaucratie douanière...», préviennent nos fins palais parlementaires.

Si ces initiatives passent, un important travail législatif sera nécessaire pour faire évoluer l'actuel système dominé par les grands distributeurs vers des modèles plus alternatifs. Autrement dit, ce qui est alternatif aujourd'hui deviendrait le «main stream» de demain... Peut-on cependant parler d'un renversement de valeurs ? Pas vraiment.

Cette votation met en lumière une contradiction qu'il y a en Suisse entre la production et le marketing. En se promenant dans les rayons des grands distributeurs, on a franchement l'impression que l'esprit des initiatives est déjà passé par là! En cas d'acceptation, les rayons de la Migros et de la Coop ne vont pas se métamorphoser du jour au lendemain. Beaucoup de leurs produits font déjà l'objet d'une promotion qui se réfèrent aux valeurs défendues par les initiatives: produits de proximité, production suisse et biologique, élevage respectueux des animaux, etc...

En y réfléchissant bien, les consommateurs suisses ont déjà fait leur choix... Sauf que derrière les étiquettes, le quotidien est nettement moins rose pour le paysan endetté ou la poule en batterie. Le 23 septembre, pour la Suisse, ce serait l'occasion de gagner en cohérence entre le marketing et la réalité.

Le Matin