2019-11-06 06:58

Accusé de viol, il se définit comme un «gentleman»

Valais

Depuis deux ans en prison préventive, un Valaisan de 31 ans se déclare totalement innocent face aux cinq plaignantes qui l’ont amené devant le Tribunal de Martigny. Le procureur Olivier Elsig réclame 6 ans de prison.

Le Tribunal, sis dans l'Hôtel de Ville de Martigny, a siégé dans un huis clos partiel pour cette affaire peu commune réunissant cinq femmes portant plainte contre un homme.

Le Tribunal, sis dans l'Hôtel de Ville de Martigny, a siégé dans un huis clos partiel pour cette affaire peu commune réunissant cinq femmes portant plainte contre un homme.

(Photo: EF)

  • LeMatin.ch

«Êtes-vous un gentleman?» lui demande par surprise l'avocate d’une des plaignantes. Le prévenu n'hésite pas une seconde : «Oui, répond-il, je n'ai jamais obligé personne à faire quoi que ce soit».

Pour lui, ces cinq victimes, qui étaient mardi dans la salle du Tribunal de l'Hôtel de Ville de Martigny, sont des «menteuses», comme il le confirme au président de la cour, Jean-Marc Wischer: «Coucher avec une femme ivre morte, précise-t-il, ça ne sert à rien. Autant aller voir une prostituée, ça revient moins cher et ça fait moins d’histoires…»

Toutes consentantes

Le ton est donné. Aucun signe de repentir. Accusé par cinq plaignantes dans cinq situations différentes, le Valaisan de 31 ans a choisi de défendre coûte que coûte son innocence face aux accusations lourdes qui sont portées contre lui. Ses dénégations ne constituent cependant pas une surprise. Durant l’instruction, l’homme a maintenu qu’elles étaient toutes consentantes.

Tribunal rempli de femmes

Rarement on a vu plus de femmes que d'hommes dans un prétoire valaisan. Les plaignantes ont toutes des avocates: Juliette Perrin de Lausanne, Sarah El Abshihy de Montreux, Ludivine Détienne, Carine Mettraux et Carole Seppey de Sion. Même l'accusé est défendu par Me Aline Bonard de Lausanne, bien décidée à battre en brèche les témoignages parfois approximatifs des victimes. Et pour cause, dans chacun des cas, l'alcool a toujours coulé en grande quantité lors des rencontres, qui ont fini par des relations sexuelles litigieuses.

24 mois de préventive

Les faits les plus anciens remontent à 2012 avec une jeune fille de 17 ans. Les plus récents entre fin 2016 et début 2017. Sont concernées des jeunes femmes dans la vingtaine, qui faisaient parties des cercles d’amis du prévenu, principalement à Martigny. Arrêté en juin 2017, il a déjà passé 24 mois en prison préventive.

Sentiment de honte

Quatre des victimes sont venues témoigner devant la cour dans ce procès réservé à quelques proches. Comme l'a relevé l'une d'entre elles, le «sentiment de honte est difficile à accepter» lorsque l'on se fait violenter sexuellement à 17 ans. Une autre a évoqué le choc qu'elle a eu quand la police lui a montré les photos qu'avait prises l'homme lorsqu'il était avec elle. Était-elle consciente ou non? Consentante ou non? Telles sont les questions que le Tribunal doit trancher. Pour le procureur Olivier Elsig, il doit être condamné à 6 ans de prison et à un traitement.

Deux cas de viol

Le trentenaire valaisan s’est retrouvé à chaque fois dans des situations où les femmes ont bu dans une soirée et où il a réussi à les amener chez lui dans un huis clos. Dans deux cas, le ministère public retient le viol, dans d'autres la tentative de viol ou la contrainte sexuelle. Mais dans tous les cas, il retient des actes d'ordre sexuel commis sur des personnes incapables de discernement ou de résistance. Systématiquement, le prévenu a agi alors qu’il savait que ses partenaires étaient «soit dans un état comateux en raison d'une alcoolisation massive ou de stupéfiants».

Impoli par message

L'accusé n'entend rien de ces accusations : «Je n'ai jamais obligé qui que ce soit à venir chez moi. Si une fille dit qu'elle ne veut pas, il n'y a rien qui se passe. Ce n'est pas grave, je ne vais pas mourir pour ça». Il regrette toutefois d'avoir été «impoli par message» avec l'une d’elles ou d'avoir envoyé à un ami cette photo qu'il avait prise avec une des plaignantes. Son avocate réussit toutefois à affaiblir le témoignage d'une des plaignantes, qui le lendemain des faits reprochés lui a envoyé un message où il est écrit «C'est haram…» avec des smiley complices. Ce qui veut dire «C'est péché…»

Le rôle du frère

L'affaire se complique avec le rôle du frère de l'accusé, lui-même avocat, dont les débats ont fait ressortir la pression qu'il a mise sur certaines plaignantes. Dans ce même dossier, quatre personnes ont déjà été condamnées par des ordonnances pénales pour de faux témoignages. Mais le cas du frère fera l'objet d'un autre procès. «Nous sommes une famille très soudée, a dit l'accusé. Comme il me soutient, moi je le soutiendrai dans toutes les situations de la vie».

Eric Felley

Le Matin