2017-12-15 15:10

La punition du «sauna» a-t-elle tué un soldat?

Scandale en Thaïlande

La mort d'une recrue, rendue à sa famille avec des organes manquants, secoue l'armée thaï.

Pakapong Tanyakan est mort de 17 octobre.

Pakapong Tanyakan est mort de 17 octobre.

(Photo: Twitter)

L'armée thaïlandaise a rendu vendredi les conclusions de son enquête sur la mort d'un jeune soldat qui a fortement ému le pays: elle confirme une crise cardiaque, mais révèle une chute et des punitions physiques collectives quelques jours plus tôt. «D'après les témoignages et les images de vidéosurveillance, il n'y a pas de preuves qu'il ait été puni ou battu», a déclaré le maréchal Chawarat Marungruang, chef du comité d'enquête.

Après avoir interrogé 42 témoins dont 22 cadets de cette école militaire où s'est produit le drame, l'armée s'en tient donc à sa version initiale d'une crise cardiaque. Elle révèle cependant qu'une semaine avant la mort du jeune homme de 18 ans, survenue le 17 octobre, celui-ci avait fait une chute dans les escaliers de son académie militaire. «Le 10 octobre, les caméras de surveillance le montrent en train de courir dans les escaliers et chuter sur huit marches», a raconté Chawarat. «Il a été emmené à l'hôpital militaire mais la radio n'a rien révélé».

Le maréchal a aussi précisé que le cadet avait fait l'objet de punitions de routine la veille et l'avant-veille de sa mort. Le 15 octobre, il a subi la punition dite du «sauna» (les élèves entassés dans une salle sans air conditionné dans ce pays tropical où le mercure tourne autour de 35°C) et le 16 il a dû courir autour de la cafétéria parce que les élèves n'y faisaient pas la queue de façon disciplinée.

A chaque fois, le jeune homme s'est senti mal et a pu interrompre la punition, a assuré Chawarat, excluant que ces punitions aient pu causer sa mort quelques jours plus tard. Les médecins militaires expliquent ses côtes cassées par les longues heures de réanimation pratiquées sur le jeune cadet le 17 octobre, le temps que sa famille n'arrive à l'hôpital.

Discipline nécessaire

Chawarat affirme que le drame a suscité une réflexion au sein de l'armée sur les «pratiques de punition». «La discipline est nécessaire pour rendre les hommes forts et transformer les citoyens en soldats», a-t-il néanmoins justifié. L'armée thaïlandaise est souvent pointée du doigt pour les traitements humiliants réservés aux jeunes recrues.

La famille de Pakapong Tanyakan, qui avait évoqué des brutalités, rejette les conclusions de l'armée et attend les résultats d'une autopsie indépendante pour attaquer en justice.

Quatre officiers avaient été mutés après le scandale suscité par cette affaire, renforcé par le fait que la famille a fait faire une seconde autopsie, indépendante, qui a révélé que plusieurs organes avaient été conservés par l'armée.

Des dizaines de milliers de Thaïlandais ont signé une pétition en ligne demandant une enquête indépendante et l'abolition des châtiments corporels.

afp