2020-01-07 18:27

Les activistes du climat disent avoir agi par «devoir moral»

Vaud

Les militants pro-climat qui avaient illégalement occupé les locaux de Credit Suisse en novembre 2018 sont devant le tribunal de Renens. Le Nobel Dubochet les soutient.

Les prévenus sont défendus par une armada de treize avocats, qui ont accepté de les représenter bénévolement.

Le premier procès «climatique» d'ampleur en Suisse s'est ouvert mardi à Renens (VD). Les douze jeunes militants, jugés pour avoir occupé les locaux de Credit Suisse à Lausanne en novembre 2018, ont affirmé avoir agi par «devoir moral.»

Les activistes ont expliqué avoir voulu sensibiliser l'opinion publique avec cette action, pour laquelle ils s'étaient déguisés en Roger Federer, l'ambassadeur du géant bancaire. «L'objectif était de réveiller le public sur les pratiques immorales de Credit Suisse», a dit l'une des militantes.

Dans une salle d'audience cantonale quasiment pleine, où une soixantaine de sympathisants avaient pris place, les prévenus ont stigmatisé la politique d'investissements de la banque dans les énergies fossiles, l'une des causes principales du réchauffement climatique. «Credit Suisse condamne des gens à la souffrance», a affirmé une autre militante.

Les membres de Lausanne Action Climat – tous des étudiants dans la vingtaine hormis une trentenaire – ont successivement dit leur «malaise», leur «rage» ou encore leur «sentiment d'injustice» à devoir se défendre alors qu'ils estiment avoir agi «pour le bien commun.»

Désobéissance civile

Interrogé par le président et juge unique Philippe Colelough sur le caractère illégal de leur action, ils ont rétorqué que le cadre institutionnel s'avérait «trop lent et pas assez efficace» face à l'urgence climatique.

«On fait comme on peut, avec les moyens à disposition», a aussi reconnu un prévenu à la question de savoir pourquoi, contrairement à Greta Thunberg par exemple, ils avaient opté pour la désobéissance civile.

Les militants ont reçu le soutien des témoins auditionnés mardi à Renens. Outre l'inévitable Jacques Dubochet – le prix Nobel de chimie est très engagé aux côtés des jeunes sur la question climatique –, un ancien banquier, le Français Jérémy Désir, est intervenu en leur faveur.

Très critique envers le système financier, cet ancien analyste chez HSBC - il a démissionné l'été dernier - a soutenu les actions de désobéissance civile. «Cela montre aux banques que plus personne n'est dupe. Elles ont longtemps joué sur ça mais, désormais, elles ne peuvent plus se cacher», a-t-il martelé.

Credit Suisse absent

Une troisième témoin, Sonia Seneviratne, professeur de climatologie à l'EPFZ, a aussi été longuement interrogée par les avocats des militants. L'experte, impliquée dans de nombreux rapports du GIEC, a notamment détaillé «l'influence fondamentale» des énergies fossiles, à l'origine de la majorité des émissions de CO2.

Le président ayant refusé d'entendre d'autres témoins, au grand dam de la défense, le procès se poursuit mercredi avec les plaidoiries des treize avocats des activistes. Le verdict sera rendu lundi prochain.

En ouverture d'audience, le président s'est adressé aux prévenus en précisant qu'il était, lui aussi, «convaincu de la réalité du réchauffement climatique et de l'urgence à agir.» Il s'est aussi dit «favorable» aux mouvements auxquels ces jeunes ont adhéré.

A noter que le Ministère public n'est pas représenté à cette audience, les faits jugés n'étant pas suffisamment graves. Quant à Credit Suisse, il a demandé à ne pas comparaître.

Dans une prise de position envoyée à Keystone-ATS, la banque a jugé «importante» la lutte contre le réchauffement climatique. Elle a toutefois relevé qu'elle «ne tolérait pas les attaques illégales contre ses succursales, quels qu'en soient les auteurs et leurs motivations.»

Amende de 21'600 francs

Les douze membres de Lausanne Action Climat – dont une est dispensée pour l'audience – ont été condamnés le printemps dernier, par ordonnance pénale, pour violation de domicile et infraction à la loi sur les contraventions pour avoir manifesté sans autorisation et refusé de se conformer aux injonctions de la police.

Ils ont écopé chacun d'une peine de 30 jours-amende à 30 francs avec sursis pendant deux ans et d'amendes allant de 400 à 600 francs. En ajoutant les frais de justice, c'est une facture totale de 21 600 francs que pourraient devoir payer les militants.

C'est en faisant opposition à cette condamnation qu'ils ont ouvert la voie à un procès.

ats