2019-10-08 14:57

Ces deux Romands qui ont décroché la Lune

Commentaire

Michel Mayor et Didier Queloz méritent amplement ce Nobel: ils ont révolutionné l'astrophysique et brillent désormais au firmament de la science.

Didier Queloz ewt Michel Mayor ont tout simplement découvert la première planète hors de notre système solaire.

Didier Queloz ewt Michel Mayor ont tout simplement découvert la première planète hors de notre système solaire.

(Photo: Olivier Vogelsang/Tamedia)

  • lematin.ch

Avec le jargon employé pour qualifier les prix Nobel, il n'est pas toujours évident pour le grand public de se rendre compte de l'importance des découvertes scientifiques réalisées par les lauréats. Souvenez-vous en 2017 de Jacques Dubochet, «primé pour ses travaux dans le domaine de la cryomicroscopie électronique, une méthode d’imagerie qui simplifie et améliore la visualisation de biomolécules et qui permettra peut-être prochainement d’obtenir des images détaillées à l’échelle atomique des machineries moléculaires à l’œuvre dans le vivant», écrivait alors l'Académie royale des sciences de Suède. Le Vaudois, lui, résumait plus simplement par: «J'ai inventé l'eau froide».

Aujourd'hui, Michel Mayor et Didier Queloz ont reçu le prix Nobel de physique «pour la découverte d'une exoplanète en orbite autour d'une étoile de type solaire ». Certes, il y a au moins le terme «découverte», ce qui est toujours bon signe, mais quid du reste? Une «étoile de type solaire»? Un soleil, quoi! Et c'est quoi, une exoplanète? Cela sonne un peu comme «exotique», non? Exactement.

Ils ont prouvé l'évidence

En fait, les deux scientifiques de l'Observatoire de Genève ont tout simplement (bien que rien ne fut simple) découvert en 1995 la première planète située hors de notre système solaire. Ce qui est fou, c'est que les scientifiques savaient depuis longtemps que des milliards de planètes existaient dans notre galaxie, mais personne n'avait jamais réussi à démontrer scientifiquement l'existence d'une seule. Mayor et Queloz ne l'ont pas vue, à proprement parler, mais ont réussi à confirmer sa présence en détectant une oscillation de la vitesse de l'étoile (51 Pegasi) autour de laquelle elle gravitait.

Ce fut comme lorsque Christophe Colomb découvrit l'Amérique, le signal d'une ruée vers ces nouveaux territoires. Depuis 24 ans, les astrophysiciens ont découvert près de 4000 exoplanètes, de plus en plus loin, de plus en plus petites, mais ce n'est encore rien sur les 100 milliards que compterait la seule Voie lactée. Une quête qui a notamment pour but de découvrir des astres ressemblant à la Terre et, pourquoi pas, une autre forme de vie dans la galaxie.

Baptême public d'une exoplanète

Si un jour on découvre que nous ne sommes pas seuls dans l'univers, ce sera en partie grâce à deux Romands. Qui auront désormais leurs noms au panthéon de la science, eux qui ne nomment même pas les planètes qu'ils découvrent, celles-ci étant froidement désignées d'après l'étoile autour de laquelle elles gravitent. La toute première qu'ils ont trouvée en 1995 s'appelle ainsi 51 Pegasi b. Ce qui n'est pas très glamour. Le 10 octobre, le public suisse sera d'ailleurs appelé à proposer un nom pour baptiser une autre exoplanète découverte en 1999 par l'équipe de Michel Mayor, HD130322 b. La Société suisse d'astronomie choisira parmi toutes les propositions reçues. On pourrait l'appeler Nobel, en hommage?

Michel Pralong

Le Matin