2019-10-06 14:37

Tuerie à Paris: Castaner reconnaît des «failles»

France

Le ministre de l'Intérieur a déploré qu'aucun signalement concernant Mickaël H. ne soit parvenu aux autorités malgré les propos dérangeants qu'il a tenus en 2015.

Agression à la préfecture de police de Paris

Le ministre français de l'Intérieur a admis dimanche que la tuerie perpétrée à la préfecture de police de Paris par l'un de ses employés a mis en évidence des «failles» dans le suivi de l'assaillant, proche de l'islam radical. Il a toutefois exclu de démissionner.

«Evidemment, il y a eu des failles (...). Evidemment, il y a eu du dysfonctionnement», a estimé Christophe Castaner sur la chaîne TF1 trois jours après l'assassinat de quatre policiers par cet informaticien en poste dans une unité de renseignement de la préfecture.

Selon les premiers enseignements de l'enquête, désormais aux mains des services antiterroristes, cet homme de 45 ans a pu adhérer à l'islam radical et fréquenter des personnes proches des milieux salafistes alors qu'il était employé dans le prestigieux service de renseignement de la police de Paris.

Le ministre a notamment déploré qu'aucun «signalement» ne soit remonté aux autorités de la préfecture après que Mickaël Harpon eut justifié dès juillet 2015 devant des collègues la sanglante attaque djihadiste, survenue quelques mois plus tôt contre l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo.

«Toute confiance»

Selon M. Castaner, un policier en charge de la radicalisation avait alors rencontré les collègues de M. Harpon et leur avait demandé «expressément s'ils voulaient faire un signalement administratif». «Ils auraient décidé de ne pas faire de signalement», a affirmé le ministre de l'Intérieur, estimant que «le dysfonctionnement se fait à ce moment-là».

Critiqué pour avoir affirmé jeudi, quelques heures après l'attaque, que l'assaillant n'avait «jamais présenté de difficultés comportementales» ni le «moindre signe d'alerte», Christophe Castaner a mis en avant cette faille pour se justifier.

«Je suis affirmatif dans le fait qu'aucun signe n'était apparu dans le dossier administratif de l'individu qui laisse penser qu'il puisse être radicalisé. Je vous le redis et je le dis hélas car si un signe était apparu peut-être aurions-nous pu éviter cela», a déclaré le ministre, dénonçant le «procès politique» instruit par ceux qui réclament sa démission ou dénoncent son incompétence.

«La question (de la démission) se pose-t-elle? Non», a ainsi affirmé M. Castaner, en qui le Premier ministre Edouard Philippe a assuré avoir «toute confiance».

Pas de cellule djihadiste,

Critiqué à plusieurs reprises depuis son arrivée à ce poste à l'automne 2018, M. Castaner est toutefois loin d'en avoir fini avec la controverse: il devra s'expliquer mardi à huis clos devant la délégation parlementaire au renseignement, a indiqué son président Christian Cambon à l'AFP.

En attendant, des éléments cruciaux de l'enquête restent à éclaircir, notamment le rôle trouble de l'épouse de M. Harpon, en garde à vue depuis jeudi, et la quantité d'informations sensibles auxquelles l'assaillant a pu avoir accès à la préfecture, où il travaillait depuis 2003.

«Nous ne savons pas les informations auxquelles il a eu accès. Pour l'instant, nous n'avons pas de raison de penser qu'il a pu transmettre des informations», a déclaré dimanche sur BFMTV le secrétaire d'Etat à l'Intérieur, Laurent Nuñez. «Il faut qu'on y voit clair le plus vite possible là-dessus». Il a en tout cas «à ce stade» écarté l'hypothèse selon laquelle l'assaillant aurait pu faire partie d'une cellule djihadiste, .

afp