2019-11-08 17:25

Avec «Helvetica», la RTS se «netflixise»

Série

C'est une première: la chaîne romande propose l'intégrale d'une série sur sa plate-forme numérique avant sa diffusion à la TV. Explications.

Les 6 épisodes d'«Helvetica» sont déjà disponibles sur RTS Play.

Les 6 épisodes d'«Helvetica» sont déjà disponibles sur RTS Play.

(Photo: RTS)

  • Laurent Flückiger

Les Romands l'auront probablement remarqué, la RTS a lancé jeudi une toute nouvelle série romande: «Helvetica», un thriller d'espionnage avec pour cadre le Palais fédéral. Les épisodes 1 et 2 ont été diffusés sur l'antenne de RTS 1 à 21 h 10. Les quatre prochains seront proposés les deux semaines suivantes sur votre téléviseur. Ce qui a sans doute été moins vu, c'est que l'intégrale de la saison est déjà disponible en ligne sur la plate-forme RTS Play.

C'est une première. Jusqu'à présent seuls les épisodes diffusés à l'antenne étaient à disposition des internautes. Désormais, ces derniers sont libres de binge-watcher l'entier de la série. Comme ils le feraient sur Netflix. La RTS chercherait-elle à copier le géant du streaming?

Pas de cannibalisme

«Absolument pas, répond Luc Guillet, chef de la programmation TV à la RTS. Netflix a seulement une logique digitale. Pour nous, c'est toujours la diffusion à la télévision qui prime. Le but est de proposer nos contenus au meilleur moment, et pour un certain type de personne, ça ne correspond plus au biorythme qu'on a connu.» L'entreprise romande entend proposer ce qu'elle appelle un «fenêtrage»: les deux premiers épisodes sur Play RTS 24 heures avant le grand soir, puis la diffusion TV et enfin le binge-watching pour le confort. Ce système serait un avantage sur Netflix et consorts.

La chaîne Arte mise depuis longtemps sur cette stratégie et n'aurait pas connu de cannibalisation, c'est-à-dire d'abandon de la télévision linéaire pour sa plate-forme Arte.TV. Être devant son écran durant la diffusion à l'antenne resterait même largement la pratique la plus répandue chez les usagers de la RTS. Est-ce que ce système pourrait alors attirer plus de monde sur ses contenus? «C'est ce que j'essaie de défendre depuis que je suis à ce poste il y a neuf mois», annonce Luc Guillet.

Les producteurs d'«Helvetica» contents

Du côté de Rita Productions, qui coproduit «Helvetica», on se dit très content de tenter l'expérience avec la RTS. «Avec les plate-formes de streaming, une partie du public a pris l'habitude de binge-watcher une série, moi le premier», explique le producteur Max Karli. «Helvetica» est construite comme un livre qui aurait 6 chapitres. On peut très bien la regarder d'une traite.» Romain Graf, le réalisateur, aimait bien, lui, l'idée d'un rendez-vous hebdomadaire pour les téléspectateurs. Selon Max Karli, il n'a pourtant pas été difficile à convaincre.

Élargir aux acquisitions étrangères

La nouvelle stratégie de la RTS devrait désormais s'appliquer aux prochaines séries romandes, comme la saison 2 de «Quartier des banques». Luc Guillet dit travailler à l'élargir à des acquisitions francophones ou américaines. «Pour l'instant, on n'arrive pas à acquérir de droits de binge-watching, reconnaît le chef de la programmation TV à la RTS. Mais on peut faire du stacking, c'est à dire qu'une fois diffusé un épisode peut être vu en ligne durant toute la durée de la saison. On s'approche de plus en plus du graal.»

Quant aux audiences d'«Helvetica», la RTS ne les donnera pas avant sept jours d'exploitation. Mais, concernant la diffusion TV, Luc Guillet parle d'une soirée où les objectifs ont été dépassés de 2,5%.

Laurent Flückiger

Le Matin