2019-08-12 19:47

Deux ministres français réclament «une enquête»

Affaire Epstein

Les secrétaires d'Etat Marlène Schiappa et Adrien Taquet demandent l'ouverture d'une enquête en France concernant l'affaire Jeffrey Epstein.

L'affaire Epstein fait des vagues en France: sans attendre le résultat des «vérifications» du parquet, deux secrétaires d'État ont réclamé lundi l'ouverture d'une enquête sur les «liens» entre l'Hexagone et le milliardaire américain accusé d'agressions sexuelles, avant d'être recadrés par la ministre de la Justice.

Le «suicide apparent» de Jeffrey Epstein en prison, qui était en attente d'un procès pour avoir abusé de dizaines de jeunes filles, a provoqué un scandale aux États-Unis où l'enquête a par ailleurs fait apparaître de possibles liens entre cette figure de la jet-set et la France.

Dès la fin juillet, l'association Innocence en danger a adressé un signalement au procureur de la République de Paris pour alerter sur les agissements éventuels du financier américain dans la capitale française, où il posséderait un appartement.

«Ces séjours sur le territoire français étaient réguliers et il appartient aux enquêteurs (...) de faire la lumière sur l'usage de l'appartement acquis par monsieur Epstein, au regard des révélations faites par l'une des victimes identifiées aux États-Unis» qui affirme avoir «beaucoup voyagé avec lui en tant que son esclave sexuelle, notamment à Paris», écrivait cette association de protection de l'enfance.

Contacté lundi, le parquet de Paris a fait savoir que «les éléments transmis (étaient) en cours d'analyse et de recoupement». «Les premières vérifications sont actuellement en cours afin de déterminer si une enquête doit être ouverte sur le territoire français», a-t-on précisé.

Rappel à l'ordre

Sans attendre la position du parquet sur l'opportunité d'ouvrir une enquête, les secrétaires d'État Marlène Schiappa (Égalité femmes/hommes) et Adrien Taquet (Protection de l'enfance) ont réclamé lundi que des investigations soient lancées.

«L'enquête américaine a mis en lumière des liens avec la France. Il nous semble ainsi fondamental, pour les victimes, qu'une enquête soit ouverte en France afin que toute la lumière soit faite», écrivent les deux membres du gouvernement dans un communiqué. Selon l'entourage de Marlène Schiappa, il s'agit plus précisément d'«éclaircir» les liens que l'homme d'affaires avait avec Paris, comme de nombreux allers-retours entre la France et les États-Unis et la propriété d'un immeuble près de l'Arc de Triomphe récemment évoqués par la presse française.

Le collectif féministe des effonté-e-s a soutenu cette demande afin de vérifier d'éventuelles «ramifications» françaises. «Tout laisse en effet penser que les prédateurs en question ne connaissent pas plus de frontières nationales qu'il n'y a de limites à leur immoralité et à leur cruauté !», écrit le collectif dans un communiqué.

L'Etat accueille froidement l'appel

L'appel des deux secrétaires d'État a été plus froidement accueilli par la garde des Sceaux, qui s'est empressée de rappeler que l'initiative des poursuites judiciaires n'appartenait pas au gouvernement.

«Les poursuites ne sont pas des décisions du gouvernement. Depuis 2013, les instructions individuelles sont prohibées, conformément au principe d'indépendance de l'autorité judiciaire», a souligné la ministre de la Justice Nicole Belloubet, dans un message transmis à l'AFP.

Jeffrey Epstein, 66 ans, qui fut longtemps proche de nombreuses personnalités du monde politique, a été retrouvé mort vers 06H30 samedi à la prison de Manhattan, réputée particulièrement sûre, où il attendait son procès qui devait commencer au plus tôt en juin 2020.

Lundi, le ministre américain de la Justice William Barr a dénoncé «de graves irrégularités» dans cette prison fédérale et assuré que la justice poursuivrait les éventuels complices du milliardaire.

Sa mort, plus d'un mois après son arrestation pour de multiples agressions présumées sur mineures, a suscité une vive indignation, notamment parmi ses victimes déclarées qui ne le verront jamais répondre de ses actes. Il risquait jusqu'à 45 ans de prison.

ats