2019-07-27 11:08

Des ONG réprouvent l'exécution de trois condamnés à mort

Bahreïn

Trois hommes ont été abattus par balles samedi, dont deux pour «terrorisme», malgré l'appel à clémence de plusieurs ONG.

Deux des trois hommes exécutés sont des chiites selon des sources judiciaires du royaume.

Deux des trois hommes exécutés sont des chiites selon des sources judiciaires du royaume.

(Photo: Keystone)

Le royaume de Bahreïn a procédé samedi à l'exécution par balles de trois hommes, dont deux jeunes chiites condamnés à mort pour des actes «terroristes» ayant causé la mort d'un policier, en dépit d'appels à la clémence de défenseurs des droits humains.

L'annonce a été faite par le procureur général du royaume de Bahreïn, Ahmed al-Hammadi, qui n'a pas précisé les noms des deux suppliciés dans son communiqué. Deux des trois hommes exécutés sont des chiites selon des sources judiciaires de ce royaume dirigé par une dynastie sunnite, et dont la majorité de la population est chiite. Ils ont été identifiés comme Ali al-Arab, 25 ans, et Ahmad al-Malali, 24 ans, par des organisations de défense des droits humains.

Forte répression

La troisième personne, condamnée à mort dans une affaire séparée de meurtre, a été exécutée en même temps, selon le procureur de Bahreïn. Situé entre l'Arabie saoudite et l'Iran --deux puissances rivales--, Bahreïn a connu des années de troubles avec les protestations des chiites qui réclamaient une véritable monarchie constitutionnelle.

La répression a été forte: tous les groupes d'opposition ont été interdits, des centaines de manifestants ont été emprisonnés et près de 1000 personnes ont été déchues de leur nationalité, selon les groupes de défense des droits humains.

Bahreïn, qui rejette régulièrement les accusations de violation des droits humains, nie aussi toute mesure discriminatoire à l'encontre de ses citoyens et accuse l'Iran de soutenir des dissidents dans le but de renverser le gouvernement de Manama, ce que dément Téhéran.

Accusé d'avoir «formé un groupe terroriste»

Les deux premiers suppliciés, arrêtés séparément en février 2017 avaient été condamnés le 31 janvier 2018, avec 58 autres personnes et avaient depuis épuisé tous les recours.

Ils ont été accusés, avec les autres prévenus, d'avoir «formé un groupe terroriste» ayant commis plusieurs attaques armées, selon le communiqué du procureur général. Les membres du groupe ont été reconnus coupables d'avoir attaqué le 1er janvier 2017 la prison de Jaw, au sud de la capitale Manama, tuant un garde et en blessant d'autres. L'attaque avait permis à dix détenus de s'évader.

Le même groupe avait blessé par balle un policier 14 jours plus tard et ses membres avaient abattu le 28 janvier de la même année un officier de police, toujours selon le communiqué du procureur général.

«Faux aveux»

Dès vendredi, l'ONG Bahrain Institute for Rights and Democracy (BIRD), basée à Londres, a alerté sur leur probable exécution. Les familles des deux personnes condamnés pour «terrorisme» avaient été invitées par les autorités à leur rendre une dernière visite en prison, selon BIRD.

Commentant samedi leur mise à mort, Sayed Ahmed Alwadaei, directeur de l'ONG, a estimé que «ces exécutions marquent l'un des jours les plus sombres de l'histoire de Bahreïn». «Ali et Ahmed ont été brutalement torturés et contraints de signer de faux aveux», a-t-il assuré.

Vendredi, d'autres organisations de défense des droits humains ont appelé les autorités de Bahreïn à ne pas procéder à l'exécution, en faisant valoir que les procédures légales n'ont pas été respectées. Le «procès a été entaché de graves violations des procédures légales», a regretté l'ONG Human Rights Watch (HRW).

Ongles des orteils arrachés selon Amnesty

Lama Fakih, directrice adjointe de HRW pour le Moyen-Orient, a averti que le roi Hamad ben Issa Al-Khalifa de Bahreïn commettait «une injustice en ratifiant les condamnations à mort des deux hommes malgré les allégations de torture et d'autres problèmes de procédure».

De son côté, Amnesty International a affirmé, dans un communiqué publié vendredi, que «pendant leur détention, les deux hommes ont été torturés par des agents de sécurité, notamment par des chocs électriques et des coups».

«Les ongles des orteils d'Ali al-Arab ont également été arrachés», accuse l'ONG. Dans une affaire similaire, Bahreïn avait exécuté en janvier 2017 trois chiites qui ont été condamnés à mort pour un attentat à la bombe le 3 mars 2014 qui a tué trois policiers, dont un officier émirati, et blessé 13 autres.

ats