2019-06-29 02:52

En Libye, Haftar menace les Turcs

Afrique

Le maréchal Haftar accuse la Turquie de soutenir ses rivaux et a demandé d'attaquer les navires et intérêts turcs en Libye.

Un tank appartenant aux forces du maréchal Haftar détruit, dans la ville de Gharyan.

Un tank appartenant aux forces du maréchal Haftar détruit, dans la ville de Gharyan.

(Photo: AFP)

Le maréchal Khalifa Haftar a promis de s'attaquer aux intérêts turcs en Libye, après avoir essuyé un sérieux revers dans le cadre de son offensive sur Tripoli. Il accuse Ankara de soutenir militairement ses rivaux du gouvernement d'union (GNA).

L'homme fort de l'est libyen, a ordonné vendredi soir à ses forces de prendre pour cible les navires et intérêts turcs, d'interdire les vols depuis et vers la Turquie et d'arrêter les ressortissants turcs en Libye, selon son porte-parole, le général Ahmad al-Mesmari. Les troupes du maréchal Haftar, lancées depuis près de trois mois à la conquête de Tripoli, accusent la Turquie de soutenir leurs rivaux loyaux au GNA, reconnu par la communauté internationale et basé dans la capitale libyenne.

Selon le général Mesmari, Ankara intervient «dans la bataille de façon directe: avec ses soldats, ses avions et ses navires par la mer». Des approvisionnements en armes et munitions arrivent directement de Turquie aux forces du GNA via la Méditerranée, assure-t-il.

«Aucune information», dit Erdogan

Interrogé samedi à propos des menaces de Haftar, le président turc Recep Tayyip Erdogan, a indiqué ne disposer d'«aucune information» à ce sujet, promettant «beaucoup plus de mesures différentes» lors du G20 à Osaka, au Japon. La Turquie soutient de moins en moins discrètement les forces du GNA, malgré un embargo sur les armes imposé par l'ONU à la Libye depuis la révolte de 2011 qui a renversé le régime de Mouammar Kadhafi.

Le 19 juin, M. Erdogan avait ainsi confirmé que son pays fournissait des armes au GNA aux termes d'un «accord de coopération militaire» entre Ankara et Tripoli. Le soutien militaire turc a permis à Tripoli de «rééquilibrer» la situation face aux forces de Khalifa Haftar, soutenues par les Emirats arabes unis et l'Egypte, avait-il estimé.

«Réponse dure»

Des «ordres ont été donnés aux forces aériennes pour prendre pour cible les navires et embarcations turcs dans les eaux territoriales libyennes», a dit vendredi soir le général Mesmari, lisant un communiqué sur une chaîne de télévision pro-Haftar.

«Les sites stratégiques turcs, les compagnies et les projets appartenant à l'Etat turc (en Libye) sont considérés comme des cibles légitimes» et «tout ressortissant turc sur le territoire libyen sera arrêté», a-t-il dit. «Tous les vols depuis et vers la Turquie seront interdits.»

Les vols depuis Benghazi ont été suspendus samedi, selon l'aéroport de la ville. Le général n'a pas indiqué comment l'interdiction des vols s'appliquerait dans l'ouest, région que les forces pro-Haftar ne contrôlent pas.

Les menaces contre la Turquie interviennent au lendemain de l'annonce de la reprise par les forces pro-GNA de la ville de Gharyan, à une centaine de kilomètres de Tripoli. Le maréchal Haftar a promis samedi «une réponse dure» à ce revers, tandis que son porte-parole a accusé la Turquie d'avoir aidé les forces du GNA à s'emparer de Gharyan en leur fournissant notamment une couverture aérienne.

Attaque enlisée

Après une progression rapide depuis l'est et le sud du pays, le maréchal s'était emparé de Gharyan le 2 avril et en avait fait son centre d'opérations. Il avait lancé deux jours plus tard son offensive contre la capitale, située à plus de 1000 km de son bastion de Benghazi (est).

Depuis, ses forces piétinent aux portes de la capitale, bloquées par les troupes du GNA: jusqu'à la chute de Gharyan cette semaine, les lignes de front ont peu bougé sur le terrain.

Samedi, un porte-parole des forces du GNA, Mohamad Gnounou, a annoncé que 150 combattants pro-Haftar ont été faits prisonnier à Gharyan, faisant état de 70 véhicules armés et «blindés émiratis» saisis.

M. Gnounou s'exprimait lors d'une conférence de presse à Gharyan aux côtés du maire de la ville, Youssef al-Bdiri, qui y a déploré «la mauvaise situation humanitaire». Le maréchal a accusé pour sa part le GNA d'avoir liquidé ses soldats blessés dans l'hôpital de la ville, ce qui a été démenti par des responsables locaux et le GNA.

En s'emparant de Gharyan, les forces du GNA cherchent à couper les voies de ravitaillement des pro-Haftar. Elles ont ainsi mené vendredi une offensive à Esbiaa, à une quarantaine de kilomètres au sud de Tripoli, proclamant une percée. Mais l'attaque a été repoussée, a assuré le général Mesmari, évoquant une «bataille très violente».

afp