2019-08-10 16:17

Gaz lacrymogènes tirés sur des manifestants rebelles

Manifestation à Hong Kong

La police n'a pas hésité à dégainer une nouvelle fois ses gaz lacrymogènes lors d'une marche non autorisée samedi après-midi.

Des centaines de manifestants se sont rassemblés dans l'après-midi dans le quartier de Tai Po.

Des centaines de manifestants se sont rassemblés dans l'après-midi dans le quartier de Tai Po.

(Photo: Keystone)

La police de Hong Kong a fait usage de gaz lacrymogènes samedi soir pour disperser une marche non autorisée de manifestants pro-démocratie. Le sit-in à l'aéroport international se poursuivait pour sensibiliser les visiteurs à leur mouvement.

Des centaines de manifestants se sont rassemblés dans l'après-midi dans le quartier de Tai Po, dans les Nouveaux territoires, un secteur du nord de Hong Kong proche de la frontière chinoise, pour une marche non autorisée.

Vêtus de noir en signe de reconnaissance, casqués, portant des masques ou des masques à gaz, nombre d'entre eux appelaient à «sauver Hong Kong de la tyrannie» devant un commissariat protégé par des policiers portant des équipements anti-émeute. Sur une pancarte bleue brandie par un policier, on pouvait lire: «Ce rassemblement ou ce défilé enfreint la loi. Dispersez-vous ou nous risquons d'utiliser la force».

Manifestants «liquides»

Evitant l'affrontement, les manifestants se sont dispersés vers différents quartiers de la ville, appliquant leur mot d'ordre «be water» («Soyez de l'eau»). Un groupe s'est rassemblé dans le quartier de Sha Tin, dans les Nouveaux territoires, tandis qu'un autre a rejoint Tai Wai non loin de là, où ils ont démantelé des garde-corps le long des voies pour en faire des barricades.

«Aujourd'hui, il ne s'agit pas de se dresser au-devant de la police ou de battre le pavé, mais d'investir différents lieux et laisser la police s'y déplacer», explique un manifestant de 17 ans prénommé Lok. «Nous ne les affrontons pas les yeux dans les yeux, en revanche nous leur rendons les choses plus difficiles, en fait», ajoute-t-il. Cela n'a pas empêché la police anti-émeute de se déplacer rapidement sur les lieux où, à la tombée du jour, elle a procédé à des tirs de gaz lacrymogènes, dispersant les protestataires.

«Régression»

«Les manifestations ont été initiées par (Carrie) Lam», cheffe de l'exécutif de Hong Kong, a déclaré à l'AFP une femme qui n'a livré que son prénom, Lo. «A chaque fois qu'elle s'exprime c'est pour condamner (les manifestations) mais elle ne propose aucune solution».

«Si le système politique de Hong Kong régresse et devient comme celui qui règne sur le continent (chinois), même sans manifestation et chaos, les gens ne seront pas davantage incités à y investir ou y faire des affaires», ajoute Chan, un étudiant.

Familles et personnes âgées

Samedi matin, plusieurs centaines de familles sont descendues dans les rues de Hong Kong pour manifester leur soutien au mouvement pro-démocratie qui a débuté le 9 juin. L'ambiance bon enfant, avec poussettes et ballons, contrastait avec les affrontements qui ont marqué les récentes manifestations.

Des personnes âgées ont elles aussi organisé un rassemblement, baptisé «cheveux d'argent», et remis des pétitions au quartier général de la police et au bureau de Carrie Lam, pour marquer leur soutien au mouvement.

Les protestataires prévoient d'intensifier leurs manifestations au cours du week-end. Un sit-in de trois jours à l'aéroport international, qui a commencé vendredi, rassemblait des milliers de manifestants espérant sensibiliser à leur cause les visiteurs étrangers qui débarquent à Hong Kong.

Née du rejet d'un projet de loi controversé de l'exécutif hongkongais pro-Pékin qui voulait autoriser les extraditions vers la Chine, la mobilisation a considérablement élargi ses revendications avec, en ligne de mire, le pouvoir central chinois. Carrie Lam a toutefois exclu vendredi toute concession aux manifestants, tout en mettant en garde contre le risque d'une grave crise économique. Elle a reçu un soutien total de Pékin, qui a musclé son discours et intensifié ses menaces à l'égard des manifestants.

afp