2018-11-13 09:49

L'«ogre des Ardennes» de retour devant les juges

France

Michel Fourniret, tueur en série français, doit une nouvelle fois répondre d'assassinat. Cette fois-ci pour avoir tenté de s'approprier un butin.

Michel Fourniret a été condamné à la prison à perpétuité pour viols et meurtres sur des jeunes filles.

Michel Fourniret a été condamné à la prison à perpétuité pour viols et meurtres sur des jeunes filles.

(Photo: AFP)

Le procès du tueur en série Michel Fourniret, qui comparaît aux côtés de son ex-femme Monique Olivier, jugé pour l'assassinat de la femme d'un ex-codétenu en 1988 afin de lui voler le trésor du «gang des postiches», s'est ouvert mardi devant la cour d'assises des Yvelines.

L'«ogre des Ardennes», 76 ans, la voix éraillée, barbe et cheveux blancs, visage émacié, a commencé par décliner son identité et sa profession, «artisan», avant son incarcération en 2003 pour le meurtre de sept jeunes filles. Il s'est également dit prêt à répondre aux questions qui lui seront posées.

Compagnons de cellule

Le procès, qui doit durer jusqu'à vendredi, s'est ouvert par le tirage au sort des jurés, huit hommes et une femme. Ils vont devoir juger le couple Fourniret-Olivier, tous deux vêtus de noir dans le box des accusés, pour un meurtre crapuleux: l'assassinat de Farida Hammiche, 30 ans au moment de sa disparition.

Elle était l'épouse d'un ex-codétenu de Fourniret, le braqueur Jean-Pierre Hellegouarch, partie civile au procès aux côtés de deux soeurs et d'un amant de la victime. Morte étranglée et frappée à coups de baïonnette près de Clairefontaine (Yvelines), selon les aveux de Fourniret, son corps aurait été enterré non loin de là, dans un terrain vague, mais n'a jamais été retrouvé.

Hellegouarch et Fourniret ont été brièvement compagnons de cellule dans les années 1980 à Fleury-Mérogis, en région parisienne, où ce dernier purgeait à l'époque une peine pour agression sexuelle.

Elle contacte Fourniret

En mars 1988, alors que Fourniret a été libéré, Farida Hammiche le contacte, à la demande de son mari, pour qu'il l'aide à déterrer un trésor enfoui dans un cimetière du Val-d'Oise. Elle lui promet 500'000 francs pour ce service.

Hellegouarch, toujours en prison, a en effet eu vent de l'emplacement d'une caisse à outils renfermant ce trésor par un ancien codétenu, un Italien qui s'était évadé de prison avec un membre du «gang des postiches» et avait recueilli ses confidences.

«Mémoire altérée»

L'enquête a permis d'établir que cette caisse recelait 20 kg de lingots et pièces d'or, une partie du magot amassé par cette célèbre entreprise criminelle spécialisée dans les braquages de banques et qui opéra à Paris entre 1981 et 1986.

Le trésor une fois déterré, Fourniret et Farida Hammiche le cachent au domicile de la jeune femme. Fourniret n'aurait alors rien reçu en échange ou pas assez à son goût. L'«ogre des Ardennes» décide donc «de se servir lui-même», comme il l'avoue aux enquêteurs.

Il attire la jeune femme dans un guet-apens et la tue avant de faire disparaître son corps. Puis il récupère le magot, qui lui servira entre autres à acheter le château de Sautou dans les Ardennes où l'on retrouvera deux de ses victimes enterrées.

Pour éclairer les débats, onze témoins et pas moins de six experts son cités à la barre. La journée de mardi est consacrée à l'interrogatoire de personnalité des accusés avant un interrogatoire sur le fond de l'affaire prévu jeudi.

Michel Fourniret et Monique Olivier reconnaissent tous deux l'assassinat mais Me Grégory Vavasseur, avocat de Fourniret, a assuré que même si son client «compte collaborer», ce sera «dans la limite de ses possibilités». «Depuis quelques temps, sa mémoire est légèrement altérée et les faits sont vieux de 30 ans...», note le conseil.

«Faire le deuil»

Au grand dam des membres de la famille Hammiche qui n'ont pu donner de sépulture à leur proche, faute de corps, déplore leur avocate Yolaine Bancarel. Ce procès sera surtout pour eux une façon de «faire leur deuil».

«Que ce meurtre soit enfin jugé», cela montre que «leur soeur avait de l'importance», estime l'avocate. «Cette jeune femme avait la vie devant elle, il n'appartenait à personne de la lui ôter», a estimé Me Bancarel, déplorant que les parents de la victime, décédés, «ne soient plus présents» pour assister au procès.

Farida Hammiche fait partie des huit femmes que le tueur a reconnu en 2004 avoir tuées. Il en a récemment avoué deux autres.

afp