2019-05-13 15:34

Le procès du couple Balkany s'ouvre ce lundi

France

Patrick Balkany et son épouse Isabelle sont accusés d'avoir caché au fisc des revenus et un patrimoine d'au moins 13 millions d'euros.

Le couple Balkany accusé de «blanchiment à grande échelle».

Le procès pour fraude fiscale et blanchiment de Patrick et Isabelle Balkany s'est ouvert lundi à Paris en présence du maire LR de Levallois-Perret, mais sa tenue restait incertaine en l'absence de son épouse Isabelle, hospitalisée depuis début mai après avoir ingéré des médicaments.

Isabelle Balkany, 71 ans, «a fait une tentative de suicide il y a quelques jours», «elle a craqué, comme on dit», a déclaré son avocat Pierre-Olivier Sur en demandant d'emblée le report du procès. «Elle ne viendra pas à l'audience aujourd'hui car elle en est incapable» mais accepterait le cas échéant «d'être jugée en son absence».

La première adjointe de Levallois «est pour le moment dans une clinique psychiatrique», «elle est incapable de marcher seule» et «d'un point de vue psychologique elle est très mal», a-t-il ajouté. Dans une lettre lue à l'audience, sa cliente évoque «le choc émotionnel provoqué par une médiatisation outrancière et dévoyée» de l'affaire.

Patrick Balkany, 70 ans, est arrivé sans dire un mot, escorté par ses avocats sous une nuée de caméras et dans le crépitement des flashs. En l'absence de son épouse mais aussi des quatre autres prévenus, dont leur fils Alexandre, l'élu en costume bleu marine a pris place seul au premier rang d'une salle comble.

Ses avocats ont également plaidé pour le renvoi du procès, théoriquement prévu pour six semaines. Patrick Balkany «a envie d'être auprès de sa femme», a plaidé son défenseur Eric Dupond-Moretti. «C'est pas un chien, Patrick Balkany. Il a trouvé sa femme, il la pensait morte. (...) C'est difficile, même pour Balkany».

L'avocat n'envisage pas un procès sans Isabelle Balkany: «C'est un couple, un couple en politique aussi. Elle sans lui, lui sans elle, cela n'a pas de sens». La défense a également critiqué le calendrier de l'audience, qui prévoit de juger la fraude fiscale avant le blanchiment, un ordre qu'elle conteste.

Les avocats de Patrick Balkany ont par ailleurs demandé le dépaysement de l'affaire, Eric Alt, l'un des responsables des associations parties civiles Anticor et Sherpa, étant par ailleurs magistrat au TGI de Paris - juge départiteur aux Prud'hommes. Le Parquet national financier (PNF) s'est opposé à toutes ces demandes. Le tribunal s'est retiré pour délibérer un peu avant 15 heures.

Inéligibilité

Le couple encourt jusqu'à dix ans de prison et des peines d'inéligibilité. Au terme d'une enquête ouverte en 2013, les Balkany sont accusés de «blanchiment à grande échelle» entre 2007 et 2014: d'avoir dissimulé au fisc des revenus et un patrimoine «occultes» à hauteur «au minimum» de 13 millions d'euros.

En particulier deux propriétés cachées derrière d'exotiques montages financiers: la villa Pamplemousse, à Saint-Martin, dont Isabelle Balkany a finalement reconnu la propriété. Et la villa Dar Gyucy de Marrakech, est détenue depuis 2010 par une SCI marocaine propriété d'une société panaméenne, Hayridge, au nom de Jean-Pierre Aubry, l'homme de confiance de Patrick Balkany à Levallois, lui aussi prévenu, tout comme l'avocat Arnaud Claude.

Les Balkany, habitués des lieux, ont constamment nié en être propriétaires. Mais les juges sont formels: ils sont les «seuls bénéficiaires» du riad, où des peignoirs brodés aux initiales «PB» ont été retrouvés. Leur fils Alexandre est jugé pour avoir souscrit deux baux de location fictifs, permettant à ses parents d'affirmer qu'ils ne possédaient pas la villa.

Les enquêteurs ont fini par établir que le prix de vente officiel du riad, 2,75 millions d'euros, avait été payé par l'homme d'affaires saoudien Mohamed Al Jaber au moment où celui-ci négociait un super-projet immobilier à Levallois. Le promoteur est jugé pour la «corruption active» du maire.

Les investigations sont remontées bien au-delà de la période 2007-2014 qu'elles ciblent, sans pouvoir retracer l'origine de tous les fonds. Les juges estiment que Patrick Balkany a été «à la tête d'un véritable réseau de sociétés offshore» mis en place dès la fin des années 1980, quand son ancien compère Didier Schuller déposait en Suisse des fonds occultes du BTP destinés à financer le RPR. En 2016, le baron de la droite avait fini par admettre avoir détenu des avoirs non-déclarés en Suisse, un héritage selon lui. L'enquête a aussi mis au jour les fortes sommes en liquide utilisées par le couple, notamment plus de 87'000 euros payés dans une agence de voyages.

Au fond de la salle, a pris place Eliane Houlette, la patronne du PNF. C'est sans doute le dernier gros dossier qu'elle verra passer avant quitter son poste cet été.

afp