2019-08-10 01:02

Le coup de force de Salvini plonge l'Italie dans la crise

Politique

Après l'annonce surprise de la dissolution de la coalition au pouvoir par le ministre de l'intérieur, ses anciens alliés réclament des explications.

L'annonce du leader populiste (droite) a pris de court son désormais ex-allié Luigi Di Maio (gauche), chef de file du M5S, et le chef du gouvernement Giuseppe Conte (centre).

L'annonce du leader populiste (droite) a pris de court son désormais ex-allié Luigi Di Maio (gauche), chef de file du M5S, et le chef du gouvernement Giuseppe Conte (centre).

(Photo: AFP)

Elections à l'automne ou gouvernement transitoire de techniciens ? L'Italie était plongée dans l'incertitude vendredi après l'éclatement de la coalition au pouvoir depuis quatorze mois, décidé au beau milieu de l'été par le ministre de l'intérieur Matteo Salvini.

Des élections sans doute, mais quand et avec quel gouvernement ? Un exécutif technique pour mener le pays au scrutin ? Ou avec le gouvernement actuel expédiant les affaires courantes dans l'attente du vote?

Matteo Salvini l'a répété lors d'un bain de foule à Termoli (centre-est): sa seule priorité est un vote «le plus rapidement possible». Son parti a déjà déposé au Sénat une motion de défiance envers le chef du gouvernement Giuseppe Conte, pour accélérer la chute de l'exécutif.

Campagne au pas de course

Le chef de la Ligue (extrême droite) a transformé son tour des plages initié mercredi en une campagne électorale au pas de course qui l'emmènera jusqu'en Sicile dimanche. Juste après avoir décrété jeudi la fin de son alliance avec le Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème), il a profité d'un meeting à Pescara pour intimer aux parlementaires de «lever leur cul de leur chaise et revenir à Rome» pour faire tomber le gouvernement.

«Il faut rendre la parole aux Italiens (par des élections). C'est un choix de courage, de cohérence, mais aussi de dignité», a répété le «Capitano», vendredi à Termoli, après avoir enchaîné les selfies avec des partisans euphoriques.

Décision à «justifier»

L'annonce du leader populiste a pris de court son désormais ex-allié Luigi Di Maio, chef de file du M5S, et le chef du gouvernement Giuseppe Conte, proche du M5S, qui l'ont accusé de vouloir capitaliser «sur des sondages favorables plutôt que de se soucier du pays».

Le visage sombre, M. Conte a exigé jeudi soir que Matteo Salvini vienne au parlement «expliquer et justifier» sa décision, alors que la Ligue avait obtenu pratiquement tout ce qu'elle voulait en quatorze mois de gouvernement.

Elections en octobre ?

Selon les médias italiens, la Ligue voudrait que les législatives se déroulent dans la seconde moitié d'octobre. Les dimanche 13, 20 et 27 sont évoqués.

La présidente du Sénat a convoqué les chefs des groupes parlementaires de la Chambre haute lundi pour établir avec eux la date à laquelle sera discutée la mention de censure contre le gouvernement. A la Chambre des députés, cette réunion des chefs de groupes est prévue mardi midi. Matteo Salvini a pour sa part convoqué tous les élus de la Ligue lundi à 18h00.

«Salvini devrait étudier la constitution sur laquelle il a prêté serment et arrêter de traiter le Parlement comme une gêne pour ses projets politiques: l'Italie n'est pas et ne deviendra jamais comme la Hongrie de Viktor Orban», a commenté le député de gauche Federico Fornaro.

Quelle que soit la date, la Ligue se présentera en position de force. Elle a recueilli 34% des voix aux élections européennes de mai et les sondages la donnent à 36-38% des intentions de vote, ce qui devrait lui permettre de gouverner seule ou avec l'appui acquis d'avance du parti post-fasciste Fratelli d'Italia.

Aux Européennes, le M5S avait chuté à environ 17% des intentions de vote, moitié moins que son score aux législatives de mars 2018, et n'a pas remonté la pente depuis.

Electorat «fatigué»

«L'électorat du Nord», qui représente la base sociale de la Ligue, «était très fatigué par ce gouvernement, il ne le supportait plus», a assuré à l'AFP Massimo Franco, éditorialiste du Corriere della Sera.

«A mon avis, c'est la Ligue qui a imposé» la fin de la coalition «et dans les faits c'est le parti qui a diffusé en premier un communiqué suivi plus tard par celui de Salvini», a-t-il ajouté, jugeant totalement inédite la perspective d'élections à l'automne.

La grande inconnue reste d'ailleurs la position du chef de l'Etat, Sergio Mattarella, qui a seul le pouvoir de dissoudre le Parlement, après consultation des présidents des deux chambres et des dirigeants politiques, et de convoquer un scrutin.

Or M. Mattarella est notoirement opposé à des élections en septembre-octobre, période où le gouvernement doit préparer le budget 2020, en discuter avec Bruxelles et le faire adopter au Parlement.

Un gouvernement expédiant les affaires courantes n'aurait pas le poids nécessaire pour négocier avec Bruxelles, ce qui pénaliserait l'Italie sur les marchés, alors que les taux italiens ont déjà grimpé après les annonces de M. Salvini.

Le Sénat pourrait se réunir le 20 août pour acter la chute du gouvernement, avec une dissolution du parlement quelques jours plus tard. De nouvelles élections devraient être convoquées dans un délai de 70 jours, selon la Constitution italienne.

ats