2019-09-11 10:36

Paternité: une guerre de retard avant le congé parental

éditorial

Il a fallu soixante ans pour réaliser le congé maternité. Aujourd'hui, on veut donner deux semaines au père. Mais la naissance d'un enfant est plus que jamais l'affaire des parents.

La solution la plus souple pour satisfaire les différents modes de vie familiaux en Suisse, serait un congé parental en option. Ceux qui n'en veulent pas continuerait avec un simple congé maternité.

La solution la plus souple pour satisfaire les différents modes de vie familiaux en Suisse, serait un congé parental en option. Ceux qui n'en veulent pas continuerait avec un simple congé maternité.

(Photo: istock)

  • Eric Felley

Le congé payé pour les mères a été introduit finalement en 2005 avec 14 semaines payées à 80%... Son principe avait été inscrit dans la Constitution en 1945... Quatre fois le peuple a refusé son application en 1974, 1984, 1987 et 1999, avant d'accepter une solution avec l'assurance perte de gains en 2004 par 55,4 % des voix seulement.

Entré dans les mœurs

En 2005, les milieux bourgeois conservateurs ont dû se dire que le maximum avait été fait pour aider les mères, et basta. Mais il ne se doutait pas que la société libérale et progressiste allait encore leur casser les oreilles avec un congé paternité. C'est ce qui arrive aujourd'hui. Quinze ans plus tard. Entre temps, toutes les femmes ont profité du congé maternité, quel que soit leur milieu politique. Ce congé est entré dans les mœurs, même de ceux qui n'en voulaient pas.

Une grande et une petite avancée

Il a donc fallu soixante ans pour trouver une solution pour les mères, maintenant on cherche une solution pour les pères. Alors qu'une initiative demande quatre semaines, un compromis sera trouvé pour deux semaines. C'est une grande avancée par rapport à la petite journée offerte aujourd'hui. Mais c'est aussi une toute petite avancée par rapport au besoin de certains pères. De grandes entreprises l'ont compris et sont beaucoup plus généreuses avec leurs employés allant jusqu'à offrir autant qu'à une mère.

Une étape

Ces deux semaines ne sont donc qu'une étape. L'évolution de la société voudrait qu'on trouve une solution pour un congé parental. Mais là, ça bloque. Dans les milieux conservateurs, la distribution des rôles au sein du couple est toujours perçue comme une donnée naturelle. A la mère les enfants, au père le travail. Grosso modo, on ne sort guère de ce schéma. Aussi, certains hommes se sentent mal à l'aise avec les enfants, sont réticents à les changer, ne supportent pas les cris, ont les nerfs à fleur de peau, ont l'impression de perdre leur temps, etc... Beaucoup de femmes préfèrent dès lors s'en occuper seules.

Une solution à option

Il faudrait une solution à option. Le congé parental ne serait pas obligatoire. Si un couple a un mode de vie traditionnel, c'est son choix que de laisser la mère s'occuper des enfants. Si cela contribue à la paix des ménages, pourquoi pas. Mais cette proportion de la population, qu'elle soit majoritaire ou minoritaire, doit admettre que d'autres couples ont d'autres aspirations.

Alterner la présence

Une naissance devrait ouvrir une période durant laquelle les parents peuvent alterner leur présence auprès de l'enfant durant plusieurs mois. Elle doit permettre à la mère de se reconnecter à son travail plus tôt si elle le désire, tandis que le père peut lever le pied professionnellement et s'épanouir auprès de l'enfant. Cela paraît simple et coûterait finalement moins cher. Et on verra que cette solution finira aussi par entrer dans les mœurs.

Même de ceux qui n'en veulent pas aujourd'hui.

Le Matin