2019-09-11 09:21

Avec son déambulateur contre les chauffeurs

CarPostal

À la gare de Delémont (JU), un usager handicapé exige de pouvoir descendre du bus non pas sur un trottoir nivelé, mais sur un quai surélevé.

  • Vincent Donzé

Au guidon de son déambulateur, Thomas Tövishati (58 ans) ne décolère pas, devant la gare de Delémont (JU). «Pour gagner du temps, certains chauffeurs de CarPostal déposent les passagers le long de la rue, sous un panneau d'interdiction de s'arrêter, pour s'éviter un détour par les quais surélevés». Problème pour cet invalide à l'équilibre précaire: franchir un marche-pied d'une vingtaine de centimètres est un geste périlleux.

Parti de son domicile de Courchapoix (JU), Thomas Tövishati s'est senti en danger le 5 juillet dernier. «Les portes se sont refermées sur moi, si bien que mon déambulateur s'est retrouvé projeté à l'extérieur et moi à l'intérieur», indique-t-il.

Ses observations

D'après ses observations, c'est lorsque leur travail se termine que les chauffeurs déposent leurs passagers à la va-vite devant la gare pour se rendre au dépôt sans passer par les quais.

Sa contestation, cet usager l'a exprimée le même jour dans un courriel à Laura Fournier, responsable Qualité à CarPostal Suisse, à Sion (VS). «Certains de vos chauffeurs sont misérables», a-t-il écrit.

Entière confiance

«Le service d'exploitation de Delémont a notre entière confiance» et «notre personnel de conduite a été sensibilisé à la problématique des voyageurs à mobilité réduite», lui a répondu Laura Fournier, gestionnaire des interactions.

Si les déposes s'effectuent de temps à autre avant les quais, c'est, écrit-elle, «afin de ne pas mettre en péril les correspondances que les pendulaires doivent emprunter en gare de Delémont».

L'argument des correspondances n'a pas convaincu Thomas Tövishati. Quand il s'adresse aux chauffeurs qui refusent de passer par le débarcadère, cet invalide ne les traite pas de misérable, mais de trou du c... Raison pour laquelle Laura Fournier l'a invité à adopter un comportement respectueux.

Lignes 12 et 17

Pourquoi ne pas réclamer la rampe amovible utilisable pour une chaise roulante, sur les lignes 12 et 17? «Je veux pas passer par cette plaque: je risquerais de tomber après une perte d'équilibre», indique-t-il après avoir alerté la Suva.

Pour les griffures relevées sur son déambulateur et pour le désagrément subi, l'assisté social propose un arrangement extrajudiciaire. Dédommagement exigé: «Une iWatch, un iPhone XS et une tablette Samsung iPad Air». Une prétention jugée excessive par son propre avocat, qui lui recommande de changer de ton...

«J'angoisse»

«J'angoisse quand je mon bus arrive en vue du terminal à Delémont. J'ai des crises de panique», assure ce peintre en carrosserie devenu monteur de machines avec de suivre une formation en marketing. Une carrière professionnelle stoppée nette par un accident cardiovasculaire, le 1er septembre 2017.

C'est suite à son AVC que Thomas Tövishati a vendu sa voiture pour prendre le bus. «Je me suis vite aperçu que certains chauffeurs se moquaient de leurs passagers», rapporte cet usager qui se sent traité «comme un chien sauvage».

«Je monte et je descends du bus à la force de mes poignets, sans aucune aide», poursuit Thomas Tövishati, détenteur d'un abonnement mensuel à 72 francs. Sur la place de la gare, mardi, un chauffeur lui a adressé un signe amical en passant: «Il y en a de sympas, surtout ceux d'origine portugaise et espagnole», reconnait-il.

Au ministre

À Delémont, le responsable d'exploitation a tenté de le joindre, mais Thomas Tövishati n'a pas apprécié son tutoiement. Samedi dernier, contre l'avis de sa curatrice, il a écrit au ministre jurassien David Eray pour lui décrire ce qu'il considère comme une «véritable gabegie».

Confirmation mardi par Benjamin Küchler, porte-parole de CarPostal: «Notre entreprises a adopté tous les standards relatifs aux handicaps et nous sensibilisons régulièrement notre personnel à la problématique des voyageurs à mobilité réduite. Je comprends la frustration de l'usager invalide et nous avons eu de nombreux échanges avec lui, mais il est difficile de converser avec lui de manière rationnelle».

Rendre service

«Nos chauffeurs ont pour intention de gagner du temps, mais de rendre service aux pendulaires. Mais il s’agit de cas exceptionnels: normalement nos bus rejoignent toujours le quai surélevé», reprend Benjamin Küchler.

Problème à venir à Delémont: en raison de travaux effectués à La Poste, deux quais seront prochainement supprimés pendant deux ans.

Le Matin