2019-08-06 14:05

La petite-fille et le grand-père, un binôme inattaquable

Humeur

Greta Thunberg et Jacques Dubochet forment un duo qui rappelle Heidi et son grand-père. L'innocence et la sagesse défient naïvement le monde des adultes.

Le tandem formé par la jeune suédoise et le prix Nobel vaudois est une formule très efficace.

Le tandem formé par la jeune suédoise et le prix Nobel vaudois est une formule très efficace.

(Photo: Keystone)

  • Eric Felley

Dans l'histoire d'Heidi, son grand-père adoré est une sorte de bougon misanthrope. Il vit comme un ermite dans son chalet et sa petite-fille tente de le rabibocher avec les hommes. Il y a aussi un peu de misanthropie chez Jacques Dubochet. Son Prix Nobel a donné une légitimité à sa parole, qu'il utilise pour défendre la cause du climat, mais également pour dire ses quatre vérités: «J'en ai profité pour dénoncer notre stupide économie basée sur la création d'argent et la crise planétaire globale» a-t-il déclaré lundi à l'occasion du sommet sur le climat à l'UNIL.

Un combat partisan?

Même les socialistes suisses n'osent plus parler en ces termes. Il faut aller à la gauche de la gauche pour trouver le même ton. Autant la Suisse avait été fière en 2017 d'avoir un prix Nobel – en plus dans la chimie – autant l'élu ne correspondait pas politiquement à la majorité bourgeoise de ce pays. Greta Thunberg, elle, se défend de mener un combat partisan. «Je ne fais que communiquer et d'agir en fonction des meilleures informations scientifiques et je ne vois pas pourquoi ça doit se rapporter à des idéologies», dit-elle au très précautionneux Darius Rochebin sur la RTS.

«Une enfant»

Hélas pour elle, la décroissance ou le véganisme n'ont pas encore réussi à convaincre la droite alpicole helvétique. Jacques Dubochet est épargné dans les médias et sur les réseaux sociaux à cause de son statut et de son âge. Le voilà aujourd'hui dans son rôle de grand-père, qui prend sous son aile la jeune Suédoise, «une enfant», dit-il avec des trémolos dans la voix, qui a réussi à incarner l'inquiétude de la nouvelle génération pour l'avenir de la planète. Le Vaudois, lui, était déjà inquiet depuis longtemps, mais personne ne l'écoutait.

Innocence et sagesse

Le binôme formé par la jeune fille et le vieil homme recèle une grande force naturelle. On le retrouve d'ailleurs dans le spectacle de la Fête des vignerons, qui met en scène Julie et son grand-père. Cette formule, qui additionne l'innocence et la sagesse à la tendresse de l'âge est une forteresse difficilement attaquable. Personne en Suisse ne semble vouloir se lancer dans une polémique risquée...

Où sont les adultes?

Cependant, entre ces deux âges, on ne voit personne. Le monde des adultes responsables, celui des politiques dans la force de l'âge a disparu. Toute une catégorie de gens actifs sont absents (ou jouent les seconds rôles comme dans Heidi). Les parents semblent assister à ce sommet pour le climat aussi passionnés que devant un spectacle scolaire de fin d'année. Ces enfants grandiront, se disent-ils, Jacques Dubochet raccrochera ses gants et la planète en sera toujours à l'économie basée sur la création d'argent. Fût-elle stupide, tant qu'elle est dure, cela ira.

Le Matin