2019-04-04 11:13

Une hanche coûte son poste au chef de l'armée

Défense

Le chef de l'armée Philippe Rebord jette l'éponge pour des problèmes de santé. Il restera en poste jusqu'à la fin de l'année.

Philippe Rebord était à la tête de l'armée depuis deux ans. (Photo d'archives)

Le chef de l'armée suisse Philippe Rebord a remis sa démission, a indiqué jeudi un porte-parole du DDPS à Keystone-ATS, confirmant des informations de journaux des groupes de presse Tamedia et CH Media.

Le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) a donné quelques détails lors de la conférence de presse qu'il a dû organiser au pied levé jeudi matin à Berne.

Philippe Rebord s'en va en raison de douleurs permanentes à la hanche après une thrombose qui n'a pas été détectée à temps durant ses vacances en janvier. Il reste en poste jusqu'à la fin de l'année, a-t-il déclaré lors de la conférence de presse.

«J'ai mal tout le temps», a expliqué le chef de l'armée, précisant qu'il avait des difficultés à rester debout. Une opération est prévue fin décembre. «Je me connais, je pourrais tenir» jusque-là, a affirmé le Valaisan tout en précisant qu'il avait discuté du cas avec son médecin.

Peut-être un civil?

Il a précisé que c'est bien lui qui avait demandé à être déchargé de sa fonction et Viola Amherd l'a chaudement remercié pour le travail effectué. Evoquant une confiance mutuelle, elle a dit apprécier son style de conduite très humain. Mais la priorité va à la santé.

La Valaisanne a informé le Conseil fédéral de la mise sur pied d'une commission de sélection pour trouver un successeur. Le profil du candidat idéal sera défini ensuite. Les critères ne seront pas politiques mais factuels, a précisé la conseillère fédérale.

Une période de passage de témoin avec Philippe Rebord devrait commencer dès l'automne. Selon la conseillère fédérale, il n'y a pas de grade requis pour devenir chef de l'armée. Même un civil pourrait théoriquement occuper le poste.

Mais en principe, c'est vers un commandant de corps que le gouvernement se tourne. S'il s'agit d'une personne qui ne vient pas de la direction de l'armée, la période de rodage est plus longue, a commenté Philippe Rebord.

Militaire depuis 1985

Agé de 61 ans, Philippe Rebord est le chef de l'armée suisse depuis le 1er janvier 2017. Son contrat a été prolongé jusqu'au 31 décembre 2020, au-delà de l'âge de sa retraite, pour assurer la mise en oeuvre du développement de l'armée.

Originaire de Bovernier (VS) et de Lausanne (VD), le commandant de corps est marié et père de deux filles adultes. Il a étudié l'histoire, la géographie et le français à l'université de Lausanne, dont il est licencié ès lettres.

Il est entré le 1er janvier 1985 dans le corps des instructeurs de l'infanterie, au sein duquel il a assumé différentes fonctions d'instructeur d'unité et de commandant d'école. Après un séjour d'études au collège interarmées de défense à Paris, Philippe Rebord a été nommé chef d'état-major auprès des écoles d'état-major général.

Le 1er janvier 2009, le Conseil fédéral l'a nommé commandant de la brigade d'infanterie 2 et promu au grade de brigadier, avant de l'appeler cinq ans plus tard, au 1er janvier 2014, à la tête de la formation supérieure des cadres de l'armée et de l'Etat-major de l'instruction opérative. Il a succédé au 1er janvier 2017 au Zurichois André Blattmann à la tête de l'armée suisse.

Réforme DEVA

Dès son arrivée à son poste, il a repris plusieurs gros chantiers, comme la réforme de l'armée (DEVA), le programme d'armement BODLUV 2020 ou l'acquisition de nouveaux avions de combat.

La réforme (DEVA) a été lancée en 2018. Elle prévoit d'améliorer la disponibilité des troupes. Huit mille soldats entièrement équipés doivent pouvoir être déployés dans un délai de 1 à 3 jours, 35'000 en dix jours, en cas de catastrophe et attaques terroristes.

Avec la réforme, les effectifs doivent être réduits de 200'000 à 100'000 militaires (avec un effectif réel de 140'000). L'école de recrues continue de durer 18 semaines. Il n'y en a plus trois mais deux par an.

Avions de combat

Les procédures de renouvellement des moyens de défense sol-air de longue portée et de la flotte d'avions de combat sont quant à elles en cours d'évaluation. La facture totale se monte à 8 milliards de francs.

Deux systèmes de défense sol-air de longue portée sont encore dans la course. Le consortium français Eurosam et la société américaine Raytheon ont transmis leurs offres. Un deuxième appel d'offres aura lieu dans le courant de l'hiver prochain. Quant aux nouveaux avions de combat, cinq appareils sont évalués pour remplacer les Tiger et les F/A-18: le Gripen E suédois (Saab), le Rafale français (Dassault), l'Eurofighter européen (Airbus), ainsi que les Super Hornet de Boeing et le F-35A de Lockheed-Martin américains.

ats