2019-02-11 12:29

Le manque de sommeil des Suisses coûte des millions!

Phénomène

Un psychologue dénonce la culture du manque de sommeil qui règne en entreprise en Suisse. Il prône la création de salles de repos.

Un spécialiste prône la création d'endroits pour permettre aux employés de faire de courtes siestes.

Un spécialiste prône la création d'endroits pour permettre aux employés de faire de courtes siestes.

(Photo: Keystone)

  • cht

On le sait: le manque de sommeil peut avoir des conséquences fâcheuses sur l'attention. Une personne n'ayant pas dormi depuis 24 heures est dans le même état que quelqu'un qui aurait 1 pour mille d'alcool dans le sang. Pourtant, de nombreux managers se vantent de ne dormir que 4 heures par nuit.

De quoi fâcher le psychologue du travail Theo Wehner dans le «Bund» et le «Tages-Anzeiger» lundi: «C'est souvent perçu comme un signe de force, d'engagement et de performance, bref, d'héroïsme. Or c'est une erreur fatale», critique-t-il.

Il rappelle que la concentration diminue, le taux d'erreur augmente et la volonté de prendre des risques est plus grande. Les comportements contraires à l'éthique augmenteraient également chez les insomniaques. Le manque de sommeil coûterait en outre cher à l'économie suisse, avec un montant estimé à 5 à 8 millions de francs par an. En effet, les petits dormeurs sont plus souvent malades et sont moins efficaces au travail.

Le sommeil pas assez pris en compte

Theo Wehner estime que les entreprises ne tiennent pas assez compte de ce phénomène. Il rappelle que trois facteurs sont fondamentaux pour une vie saine, soit la nutrition, l'exercice et le sommeil. Les deux premiers sont souvent intégrés dans la gestion de la santé en entreprise, via des offres en matière de sport ou des repas équilibrés dans les restaurants. Mais à peine 10% des firmes se soucient du sommeil de leurs employés, regrette-t-il. Alors qu'il s'agit pourtant d'une condition importante à la performance d'un travailleur.

Du coup, le psychologue du travail prône la création d'espaces de repos dans les entreprises afin de permettre aux employés de faire de courtes siestes réparatrices. «C'est urgent et cela répond à un gros besoin», dit-il. «Nous savons, d'après des études médicales, que ces siestes réduisent le risque de maladies cardiaques de 37%.» Et dans certaines firmes, telle que la compagnie aérienne Lufthansa, elles sont même indispensables pour les pilotes.

Une vraie politique du sommeil

Mais attention: il ne suffit pas d'aménager une salle de repos; il faut aussi une vraie politique du sommeil dans l'entreprise. En effet, si c'est en permanence la course contre la montre au travail, les employés hésiteront à prendre le temps de s'allonger quelques instants. En outre, ces siestes ne doivent pas servir à compenser le manque de sommeil durant la nuit, rappelle le spécialiste.

Theo Wehner rappelle toutefois que les Suisses dorment aujourd'hui en moyenne 40 minutes de moins qu'il y a 30 ans. «Non seulement nous dormons moins, mais nous dormons aussi moins bien», souligne-t-il. En effet, un quart des Helvètes souffrent de troubles graves du sommeil et 60% ont des difficultés à s'endormir ou sont sujets à des réveils répétés.

Le Matin