2019-02-11 07:30

Xamax: le pari de la confiance

Football

Stéphane Henchoz a gagné son premier match à la tête de Neuchâtel Xamax FCS. Avec un thème principal: ramener de la sérénité.

hero image

  • Tim Guillemin

  • Neuchâtel

Cette victoire face à Lucerne (2-1) était très importante pour Stéphane Henchoz, même s’il a tenté d’en minimiser la portée juste après le coup de sifflet final. Le nouvel entraîneur xamaxien connaît trop le milieu du football pour savoir qu’une défaite aurait eu des conséquences psychologiques importantes. Peut-être pas forcément au sein de son groupe, mais bien envers le public et envers les sceptiques quant à sa nomination à la tête de la première équipe neuchâteloise.

Cette semaine, tout a été dit et écrit. On lui a jeté à la tête son bilan au FC Bulle il y a de cela dix ans. Injuste, tout comme les jugements hâtifs sur ses prestations télévisuelles, un domaine qui n’a de toute manière que peu d’incidence sur ses capacités à entraîner une équipe. Il lui a également été reproché de ne pas avoir démissionné de son rôle d’adjoint en apprenant que Michel Decastel était viré. Et, ce qui est plus légitime à notre avis, il lui a été rappelé que si Xamax a de loin la plus mauvaise défense de Super League jusqu’ici, il détient une part de responsabilité dans ce constat vu qu’il était en charge des défenseurs. Bref, sa promotion ne s’est pas faite sans souci. Mais l’homme a les épaules pour assumer les critiques. Il l’a prouvé ce dimanche.

Admirable Geoffroy Serey Die

Non pas en gagnant le match, car un résultat n’est qu’une conséquence de plusieurs facteurs. Où Stéphane Henchoz a été fort en cette fin de semaine, à notre avis: dans l’approche de la partie. Il a fait le pari de la confiance et il l'a tenu avec un discours aux accents de sincérité, en disant plusieurs fois ne réclamer aucun défenseur en cette fin de mercato, malgré l'urgence comptable. Le nouvel entraîneur de Xamax FCS l’a dit plusieurs fois en trois jours: il croit en ce groupe, auquel il ne manquerait pas grand-chose pour sauver sa place en Super League. Il a fait passer ce message à son vestiaire avec force et conviction. Les joueurs l’ont écouté et en ont été reboostés dans leur ego. La manière dont ils ont évolué ce dimanche en a dit long sur leur volonté. Il n’y a pas eu que le discours de Stéphane Henchoz, bien sûr, il y a aussi eu l’exemple vivant qu’a apporté sur le terrain l’admirable Geoffroy Serey Die, mais cette communication positive a fait du bien à un vestiaire en manque de confiance.

Le nouveau technicien a rassuré tout le monde en jouant à cinq derrière, comme il l’avait laissé entendre durant la semaine. Pendant l’échauffement, il s’est mis au milieu de ses défenseurs et a participé à la mise en place tactique, répétant avec eux les sorties de balles les plus basiques. Un exercice tout simple, auquel il a pris part en les encourageant, comme pour les mettre en situation de match. Loin de son image (largement fausse) de coach léthargique, il a ensuite accompagné chaque mouvement de son équipe depuis le banc de touche, plaçant ses latéraux, demandant à ses attaquants de revenir au milieu couper les lignes de passes, exhortant chacun à défendre de manière active, en pressant le porteur du ballon. Il s'est fait voir et entendre.

A lui de construire la maison

Michel Decastel, c’était son style, n’était pas exubérant sur le long de la ligne. Aucun reproche là-derrière, juste un constat. Il dégageait une impression de force tranquille, qui pouvait être interprétée parfois comme du fatalisme. Simplement, le boulot était fait pendant la semaine et le match était une conséquence logique. Stéphane Henchoz, conscient qu’il devait trancher avec son ancien chef et casser sa propre image de nonchalance, a montré qu’il était là, criant et replaçant ses joueurs sans arrêt. Ils l’ont suivi et ils lui ont rendu sa confiance en livrant une prestation très aboutie. Ils ont remporté leur troisième victoire de la saison et, évidemment, ce n’est pas un hasard.

L’histoire est partie sur de bonnes bases. Mais c’est sur la durée que sera jugée la capacité de Stéphane Henchoz à faire progresser cette équipe. Avec ce succès face à Lucerne, il a simplement posé la première pierre. A lui de construire la maison et surtout, à lui de garder le cap. Pour l’heure, son message et sa communication sont parfaits, ce qui est généralement le cas des entraîneurs qui gagnent. Comme tous les autres, le grand défi sera d’être bon quand le succès ne sera pas au rendez-vous.

Le Matin